26 LA REVUE SOCIALISTE fiuence Ru1l·es esprits et sur les cœurs, ont rendu à la morale un inappr~ciable service. Elles ont conservé, en effet, les préceptes moraux et les ont préservés de toute corruption mortelle, en les plaçant sous le couvert de leur sanction supérieure. Ainsi, il est certain que c'est en invoquant la loi religieuse que les antiques législateurs égyptiens et israëlites policèrent leurs peuples et les arrachèrent à de grossières mœurs. Le Catholicisme dominant durant toute la période du Moyen- _\..ge,a suscité d'admirables institutions, propres à exalter les sentiments nobles et généreux, et à corriger l'égoïsme profond que sa propre dectrine pro,oquait ; à réfréner. et peu à peu éteindre la bmtalité des mœu1·s militaires privées; à protéger les faibles, les serfs contre les cruautés et les exactions de leurs maîtres ; à maintenir fortement les de,oirs de famille, et à défendre la famille elle-même conti-e le débonleme1it de barbarie qui sui ,·it l'effondrement de l'ordre gallo-romain. Le Catholicisme a incontestablement présidé à la constitution des nationalités européennes, et l'unité de croyance qu'il a imposée aux peuples occidentaux a été le germe de leur solidarité future. Les papes, dans la période politique où leur souveraineté morale était acceptée sans réserve par tous les rois, ont maintenu dans le monde un certain équilibre, bien fragile, du reste, en ces époques où la barbarie germaine mena~•ait à chaque instant d'anéantir les restes de la civilisation romaine. Et c'est véritablement par l'interposition entre les nobles et les serfs de cette classe ecclésiastique, si démocratique par l'origine et le mode d'élection de ses membres, que purent être évités bien des malheurs, et que les institutions sociales se développèrent sans trop ùe crises violentes. On a mauùit le moyen-àge parc:e que, pendant longtemp,;, on n'en a vu, ou l'on n'en a voulu voir que les côtés sombres ; la tyrannie du noble sur le vilain, l'inégalité profonde des conditions humaines, l'inégalité des charges imposées aux uns, des privilèges concédés aux autres. De même, le moyen-âge, dans son esprit si naïvement croyant, avait maudit l'antiquité, dont il ne voulut voir que le Paganisme abhorré. La véritable int,elligence des choses nous monh-e, au contraire, clans chaque âge humain, ce qu'il y eut de bon et qui dut' être conservé par l'âge suivant, et ce qu'il y eut de mauvais, et qui dût être éliminé. En réalité, tous les âges se tiennent, se lient et se succèdent dans un développement intellec:tuel, moral et social continu. Le moyen-âge est issu de l'antiquité, et se relie à elle par la
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