La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LA RÈYOLGTIOX DE DEMAIX « Un seul dieu tu adoreras et serviras parfaitement » : tel eRt le précepte fonclamental de la morale chrétienne. Or, ce précept<', l'antiquité païenne l'ignora; le catholicisme du ::\Ioyen-Agc <'t surtout le catholicisme moderne, s'ils ont inscrit cette formule en tête de leur doctrine, en fait l'ont singulièrement violi•e. Qu'est-ce donc, en effet, que le Mystère de la 8ainte-Trinité, la multiplication ùes cultes spéciaux envers les vierges it miracles et envers les saints locaux ou nationaux, sinon un retour plus ou moins conscient vers le paganisme, c'est-à-dire ver:; l'adoration <l'un plus ou moins grand nombre de divinités concurrentcH, ou présidant chacune à un départem.ent particulier du céleste pouvoir? Alors que le principe de morale humaine : « Xe fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pa~ qui te ff1t fait » tend à rallier les hommes sous un même régime de justice et d'égalité, le principe <le morale religieuse : « Un seul dieu tu adoreras », n'a jamais réussi qu'à diviser les sociétés et les individus, à foment<'r les schismes et les hérésies, it al! mner les guerre::; et les inquisitions, it entraver, en un mot, le mou vument des peuples ver,; l'unité intellectuelle, morale, et par suite matérielle. De là, deux morales dans toute religion : L'une, essentiellement humaine et sociale, qui ne concerne que les rapports, les relations des hommes ,·ivant dans une même société, dans un même milieu de civilisation; l'autre, essentiell<'- ment théologique et individualiste, concernant principalement les !"apports, les relations de chaque homme avec le ou les dieux qu'il adore : la première, se développant et se modifiant selon les développements et les modifications mêmes des conditions intdlectuelles, économiques, politiques des sociétés, ({Ui entraînent des modifications correspondantes dans le régime domestique et dans le régime public auxquels chaque homme est soumis; - l'autre immuable, puisque l'homme a beau changer, la divinité à laquelle il s'adresse ne change pas, et par conséquent ses devoir,; envers elle ne peuvent varier. Tant que ces deux morales restent confondues, ou du moins unies sans trop de difficultés, la religion gouverne seule, et il semble que toute morale émane d'elle. Pendant le temps, plus ou moins long, où l'harmonie est complète entre les croyances religieuses et les connaissances positives, la société, et chacun des hommes qui la composent, goûtent les douceurs et bénéficient des avantages ù'un équilibre mental et moral parfait. Les pensées sont d'accord avec les sentiments, et règlent les actes. Il y a unité dans la vie industrielle et la vie collective. A ce point de vue, les religions, en leur époque de pleine in-

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