24 LA REVUE SOCIALISTE par être obse!'Yéesen quelque sorte inconsciemment. Et c'est ainsi que, dans la langue populaire, mœ1ws est synonyme d'habit11cles. ;\lais il est aussi une morale supérieure, qui, celle-là, n'existe jamais qu'à l'état d'ébauche, de fragments de vues partielles. C'est elle qui est pressentie et annoncée par les hommes de génie, poëtes, écl'ivains, sa.-ants, philosophes, tous précurseurs d'utopie.~. Car les 1ilopie.~, presque toujours condamnées et bafouées dans le présent, sont souYent les vérités du lendemain. C'est cette morale-là qui constitue l'idéal pour l'ensemble des esprits. A toutes les époques de l'humanité il y a eu ainsi une élite d'hommes supérieurs, plus ou moins en avant, par leur mentalité ou par leur moralité, de leurs contemporains. C'est à eux que s'applique le beau vers antique. Ils sont réellement (( comme des coureurs qui se transmettent le flambeau de vérité à travers les âges. )) Les (< inventions » de la poésie, des arts, de la science, dépassent presque toujom·s la foule des hommes vivants qui les ignorent ou les méconnaissent, parce qu'elles ne sont pas compréhensibles pour la moyenne des cerveaux contemporains, ou ne sont pas pmtiques, c'est-à-dire immédiatement adaptables aux conditions générales du milieu social où elles se produisent. Jetées clans le courant des idées, des opinions et des mœurs, elles sont discutées, pL'opagées,vulgarisées, et finissent à la longue par pénétrer insensiblement les mas:ies. Toute la théorie de l'éuolution est dans ce phénomène dont la réalité peut être vérifiée sur tontes les questions, dans tous les cas, et qui est la substance même de l'histoire de nos civilisations. On le voit, la :'\Iorale ne saurait être confondue avec la Religion. Dans toute religion, en effet, il y a un fond de morale qui, bien que sanctionué par elle, en est indépendant, et en pourrait être clétaché, sans affect~1·ni altérer en rien la doctrine religieuse qui le couvre. Ce fond moral, ce sont les précepœs et règles relatifs à la conduite des hommes les uns vis-à-vis des autres; tandis que d'autres règles et d'autres préceptes, ceux-là direcœment émanés de la doctrine religieuse, et faisant co1·psavec elle, ont pour objet la conduite des hommes à l'égard des divinités. « :Xe fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qui te fût fait», est un précepte de morale qui s'adapte aussi bien à la philosophie ùe Confucius qu'à la religion de Jésus, et qui est aclmis par tous les hommes civilisés, sans distinction cleculte ni de croyance, et même en dehors de toute croyance et de tout culte.
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