LA RÉVOLUTIOX DE DE::UAIS l'injuste, le bon et le mauvais, le beau et le laid, l'honm1te et le déshonnête ? Or, ces notions sont toujours relatil'es, c'est-à-dire qu'elles dérivent de l'état général des connaissances humaines et des circonstances politiques et économiques. Elles ne sont donc jamais que pro,·isoires, en ce sens que si elles sont plus exactes que celles qui constituaient la « Science 1) d'hier, elles le sont moins que celles qui constitueront la« Science)> de demain. De là, cette cons{•quence, qu'il y a eu autant d'états moraux successifs que de civilisations düitinctes. Chaque civilisation transmet à celle qui la suit les notions intellectuelles et morales qu'elle a reçues elle-même des àges antérieurs, rt qu'elle a révisées et amandées, gr,'tce au progrès des connaissances positives concernant le ::'-fonde et l'Homme : de même <1ne, dans une famille, le père et la mère transmettent à leurH enfants l'ensemble des préceptes cl'éclucation c1u'ils ont recueilli de leur:; aïeux, augmentés ou modifiés selon ce qu'ils ont pu apprrndre par eux-mi>mes, dans leur expérience propre de la vie. Chaque civilisation qui arrive est ainsi l'hérifü•re dn fond entier de connaissances, d'opinions, de traditions, dP mœurd et d'habitudes accumulés par toutes les ciYilisations précédentes : - d'un capital moral ; comme elle hérite am;si du fonü entier de matériaux, de richesses naturelles, de produits accumulés par ces mêmes civilisations, et qui constitue son capital économique. Sans cloute, ce fond moral, en s'accumulant, se charge d'une quantité d'erreurs, de préjugés, de superiltitions (wprr sta,·r) = ce qui restl' par (lp,ç,rns) que chaque ciYilisation s'efforce, gràce aux lumi<'.•resprorres qu'elle acquiert, de rectifier, de tran:sformer ou de dissiper; de même que le fond matériel comporte bien des non-valem·s, matériaux ou produits hors d'usage, et q_ue la civilisation actuelle travaille à éliminer du mpital utile. Mais le fond moral, ainsi constitué comme le fond économique, s'épure et s'accroît sans cesse ; parce que les sociétés humaines, en avançant en civilisation, ne font que confirmeret consolider un certain nombre de principes généraux, de règles <le conduite et <lesentiments qui apparaiSBent de plus en plus comme conformes aux conditions nécessaires de l'existence sociale (1). Telle est la morale vulgaire, acquise, dont les règles finissent ('I) « Les lois morales sont en grande partie l'expression des nécessités mèmes de la vie sociale, et la genéralité de certaines règles tie,,t à l'uniformité des conditions de la vie sur la surface du globe.» (Guyau : L'Jr,-éligion de /"avenir, p. 83).
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