La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

248 LA REVUE SOCIALISTE rejeter une fois ou deux fois, après certains délais, les projets de loi qui lui paraitraient de,-oir être nuisibles. C'est là, malheureusement, une disposition qui n'existe point en France et qui fait de notre Sénat. à peu près aussi incompétentque notre Chambre des députés et beaucoup plus réactionnaire, un obstacle perpétuel aux progrès les plus urgents. Rappelons-nous le \'Ote qui a repoussé la réduction à dix heures de la journée de travail pour les femmes et les enfants et qui, en s'opposant à la prompte application d'une loi d'humanité, laisse la France bien en retard sur la plupart des nations civilisées. Dans le titre sui\'ant consacré à l'étude du Régime électif, l\J. de Laveleye se prononce très nettement en faveur du droit politique des femmes et donne un exposé détaill,; de la législation qui règle cette matière dans la plupart des Etats. Il fait aussi l'apologie de la représentation des minorités et expose les divers systèmes qui ont été proposés pour arriver à ce résultat essentiellement équitable. Il s'élèrn a\'ee une très grande force contre les influences illégitimes dans les i>lec~ionset surtout contre l'ingérence gOu\'ernementale. On ne saurait trop recommander la lecture du long chapitre qui traite du régime parlementaire et de ses vices. L'instabilité des ministères, le marchandage des faveurs du pouvoir et des votes des <léputés, l'immixtion incessante des représentants dans les détails de l'administration, l'impossibilité pour les ministres d'étudier les affaires si multiples qui, dans les pays centralisés, doivent être tranchées par eux, l'incohérence et la confusion des discussions pal'lementaires aboutissant à l'impuissance, tous ces \'ices sont décrits d'une plume alerte. Ces pays seuls dans lesquels deux partis solidement organisés se disputent le pouvoir, comme la Belgique et l'Angleterre, fournissent des exemples ù'un fonctionnement passable d·u f'égime JJarlementaire. Comment rémé<lier à tous ces maux? :'fous ne saurions résumer en quelques lignes une étude approfondie qui tient une centaine de pages et s'inspire de la connaissance de toutes les constitutions libérales contemporaines, de leurs tendances, de leurs résultats, de leurs défauts et particulièrement de la Constitution suisse et de la Constitution américaine qui sont analysées dans leur essence et dans les détails les plus délicats de leur mise en mouvement. De cette vaste enquP!e à travers tous ces modes différents d"organisation politique, l\I. de La\·eleye conclut que le plus pressant est de procéder à une large décentralisation communale et provinciale. En déchargeant les pou\·oirs centraux d'une multitude d'affaires pour lesquelles ils sont sou\'ent incompétents et qu'ils laissent généralement trainer en d'interminables longueurs, on réduira leur importance, on allègera leur besogne. La vie entière de la nation ne sera plus accélérée ou ralentie par la vie trop souvent troublée des Assemblées politiques. Les bienfaits de la décentralisation .:orrigent presque toujours, surtout aux Etats-unis, les méfaits des politiciens de profession. laissant au peuple une réelle libe1-té et une réelle autorité sur ses propres affaires, qui dans les pays centralisés, sont gouvernées despotiquement par le pouvoir soit d'un roi soit d'une assemblée. • Il faudrait joindre à cette réforme, une séparation plus complète des

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