La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

22 LA REVUE SOCIALISTE sion de faiJ'e un doigt de flirt avec les jeunes misses - et quelquefois avec les ladys. Quoi de plus charmant, de plus select - et de moins édifiant - que cette « sortie de messe J> où s'échangent des shake-hands; où, dans le frisson des soies froissées, court un babillage d'oiseauxmouches ! Quelle piété ! Comme on sent bien que l'éternel et profond mystère du dieu fait lJOmme n'a guère plus d'autre signification, pour ces fünes blasées et vides, que celle d'une pièce banale, cent fois Yue et revue, et de lac1uelle on finit, tant on l'écoute distraitement, pat· ne plus même entendre les paroles, quand, depuis longtemps déj,'t, on en a oublié ou perdu le sens. On a beau diœ et ~n a beau faire ; on peut s'en réjouir ou s'en plaindre : les religions descendent et ne remontent pas. Les socialistes-chrétiens, en asseyant leurs théories sur la foi surnaturelle, frappent celles-ci d'impuissance, et se vouent à la plus vaine et à la plus stérile des missions. Une Providence sourde, aveugle, muette, qui se désintéresse des lois naturelles du monde et de l'humanité; qui .-oit d'un œil indifférent le bien et le mal; 4ui, le plus souvent, laisse les bons et les justes souffrir, les méchants et les coquins jouir et dominer ; une Providence constitutionnelle qui règne et ne gouverne pas ; un Dieu vague, que ses prêtres ne savent même plus expliquer, sinon pour en dire qu'il peut tout, mais qu'il aime mieux ne rien faire; un Dieu, en somme, qui n'est qu'un .rau bout d'un problème non résolu, et dont le fantôme se perd et s'efface de plus en plus dans les brouillards de la métaphysique panthéiste : ce dieu-là est fini, avec la cosmogonie dont il fut la formule. Longtemps encore, peut-être, son nom senira à indiquer le but idéal vers lequel, invinciblement, tend l'esprit humain, c'està-dire la connaissance des causes premières, de la loi initiale, source de toutes les lois qui constitu~nt et meuvent les univers. Il sera longtemps, toujours si l'on veut, la suprême et inYérifiable hypothèse. :M:aisest-ce désormais d'après une hypothèse inaccessible que nous pouvons déterminer des droits et des devoirs? Est-ce d'après les YOlontésignorées d'un éternel absent que nous pouvons régler notre conduite, privée et sociale? Sans doute, la morale que prêchent les socialistes-chrétiens est, à bien des égards, une morale vraiment utile, juste et belle. llfais leur appartient-elle en propre, et ne saurait-on en justifier les préceptes en dehors des croyances théologiques? Qu'est-ce donc que la morale, sinon l'ensemble des principes et des règles de conduite, privée et publique, admis par le commun des hommes vivant dans un même milieu de civilisation, d'après les notions par eux acquises sur le vrai et le faux, sur le juste et

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