226 LA REVUE SOCIALISTE entrés dans cette voie. A la recherche inquiète, douloureuse 1uême, des Gros, des Géricault, des Delacroix, a succédé, après une période de tâtonnements, un courant d'idée, tragique aussi mais apaisé ; une pensée douloureuse encore mais plus sûre d'elle. même, et de ce qu'elle veut. Sil ya des retardataires,c'est que suivant la remarque cleM. Eugène Müntz (1) les grands mouvements sociaux ne commencent ordinairement pas par les artistes. Ils les enregistrent. La philosophie, la science, la littérature marchent en avant, l'art suit. Ca n'est pas que les artistes ne puissent, à leur manière, être des précur,;eurs. :\fais les précurseurs ici sont l'exception.La raison en est simple : nul artiste ne peut consentir à être passagèrement méconnu ; il lui faut des succès. Pour les obtenir - car c'est le pain quotidien dont il vit - il est amené à faire des concessions. Il en sou.Œre,mais il les fait. Et à force d'en faire, il finit par n'en plus tant souffrir. Seuls les plus hauts mènent opiniâtrément leur œu vre parallèlement à leur pensée. Mais une fois que la science et la philosophie, par leurs espoirs combinés, ont rompu les digues, le flot suit et les porte, car ils aiment à être portés; les plus puissants navires sont dans ce cas, à plus forte raison les moindres barques. On peut donc affirmer que la tendance socialiste trouvera son expression dans l'art. Il la manifestera plus puissamment et la manifesterait tous. En effet, l'art est à la fois souverainement élevé, ariHtocratique au sens vraiment humain du mot - et souvei·,linement populaire. Il pade plus haut et porte plus loin que la science et la philosophie mêmes. Comme un phare, il en concentre les rayons épars et les projette it travers l'espace. Paul BUQUE'r. ( 1) Les Préctffseurs de la Renaissance.
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