218 LA REVUE SOCIALISTE sa force divine ne seraient que des nains comparés à nos outilsmachines. Les Jacquart, les métiers à filer, à tisser, les laminoirs, les marteaux-pilon, les machines à percer, à tarauder, les scies mécaniques, les machines à coudre, etc., représentent des centaines de millions de travailleurs. A combien de milliers de rameurs correspond la machine qui pousse d'Europe en Amérique, en huit jours, nos grands paquebots? Et nos locomotives, nos locomobiles, quel nombre prodigieux de bras elles représentent ! :\fais revenons. Nous l'avons vu, le résultat invariable de tous les progrès c'est d'accroître incessamment la puissance productive do l'homme par la division du travail, qui permet la création de machines-outils, travailleurs de fer et de bois d'une force incalculable, toujours prête et toujours précise, et de plus rendant facile le rôle fragmentaire ùe l'ouvrier. Faire d'un apprenti un ouvrier capable d'embrasser toutes les parties du métier de menuisier, ébéniste, forgeron, horloger, etc., cela est long et difficile. Il faut plusieurs années d'apprentissage; mais s'il s'agit de pratiquer seulement l'une quelconque des fonctions que comporte l'ensemble de ces divers métiers, il en va tout autrement et la chose devient facile, l'apprentissage prompt. La division du travail nous a conduit à la division des fonctions. Cette division permet à l'homme d'en embrasser plusieurs, et par conséquent de satisfaire aux besoins de son être multiple qui ne peut être tout le jour, toute la vie cloué à une unique et monotone besogne sans en souffrir, sans en éprouver une mutilation physique et morale. Ou entrevoit maintenant la possibilité de mettre l'homme dans des conditions normales d'activité. Il peut pratiquer plusieurs fonctions, au milieu de ses compagnons, il le peut, sans fatiguer ses ressorts physiques et moraux, sans diminuer sa vigueur et son ardeur, car il fonctionne selon ses aptitudes, selon ses forces, et sans blesser son sentiment de sociabilité. On comprend que dans ces conditions il peut se grouper avec ses semblables d'après ses goûts, ses sympathies et ses affinités industrielles. Les choses étant ainsi posées, il n'y a pas de besogne quelque dure et pénible qu'elle soit, qui ne puisse être acceptée par l'homme. En effet, aucune ne dure longtemps et chacune est rémunérée en proportion de la peine qu'elle présente. La rémunération, comme la gloire, est en rapport exact avec la difficulté vaincue. Je dis qu'une fois entré dans cette voie on peut concevoir qu'il n'est pas u11ebesogne qui reste absolument répugnante, pas plus qu'homicide pour le travailleur.
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