216 LA REVUE SOCIALISTE duction n'agit sur lui que comme sur la bête et ne l'entraine pas dans la sphère des sentimentS'. Il no connaît ni lll,p, itié, ni la bienveillance, ni la justice ; l'amour do l'ordre, du bien, du vrai, du beau n'exif:lteen lui qu'à l'état de germe et de rudiment. Les facultés intellectuelles, leRaptitudes industrielles et artistiques <lel'homme ne sont pas plus avancées et suivent un développement analogue. L'homme n'est guère encore qu'à l'état d'ébauche. Il commence par le pillage et la guerre, pour arriver lentement et péniblement à donner à l'exercice de Honactivité un but utile, le travail producteur. Pour amenei· cette tranHformation il a été soumis à la plus dure contrainte. li a été nécessaire qu'il passât par l'esclavage et le sen·age. Ces deux institutions, issue de la guerre et de la conquête, ont été en quelque sorte les enclmnes séculaires sur lesq uelles les bras impitoyables des plus forts et des plus rusés ont forgé le travailleur moderne . .\.ujourd'hui, la contrainte est encore très violente et terrible, quoiqu'elle ait changé de forme. C'est l'aiguillon de la faim, c'est la rt1<lemain de la néceRsité, c'est la pression morale, qui stimulent le travailleur et le poussent à l'emploi de ses forceA. Cependant, il est évident que vine c'est être actif, c'est faire œu vro de Hesforces, c'est agir. L'homme, aussi bien que tout être vivant, est Roumis à cette loi naturelle. Cela est si vrai que je ne crois pas qu'on puisse imaginer pour l'homme un supplice plus grand que l'inaction absolue, imposée à un être vigoureux et plein <le vie. Nul doute quo cette inaction prolongée ne le conduisît bientôt aux plus tristes désordres physiologiques, à la maladie, à la démence, à la mort. Aussi doit-on dire que l'homme ne répugne pas à l'tnercice de son activité, à l'emploi nalurel de ses forces. Pourquoi donc le travail a-t-il été regardé comme une déchéance, comme un châtiment, une peine-? Et pourquoi l'homme nouHapparaît-il d'abord comme un forçat du travail, comme un condamné, agissant sous le fouet du contre-maître, sous la contrainte, sous l'aiguillon de la faim? Examinons cette situation étrange. Nous voici en présence clo l'homme sorti de sa sauvagerie originelle, de sa paresse enfantine, de son insouciance grossière, accoutumé au joug du travail, comme il y a accoutumé le taureau et le cheval Bauvages, par ces cruelles institutions, l'esclavage et le servage, amené dans nos civilisations à l'état de prolétaire, traYaillant sous l'empire de la nécessité et sous la pression morale du milieu.
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