La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE SEXTIMENT DE JUSTICE 215 de tous et c'est la justice, c'est la vérité; c'est la condition si11r quâ non du travail-fonction, je veux dire de l'emploi régulier des forces de l'être supérieur de la planète. Mettons-nous à l'œuvre et, pour nous éclair<'r, ,·oyons comment les choses se sont passées à l'origine de l'homme: comment il a été initié au travail, par quelles phases il a pass!'. L'homme nous apparaît d'abord comme un animal grossier, timide et brutal à la fois. li est nu, presque sans défenses naturelles, ignorant, misérable, ne sachant comment satisfaire à ses premiers besoins: comment se nourri1·, se .-êtir, s'abriter et même se chauffer. Les faibles lueurs de son intelligence el l'essai de ses forces lui enseignent peu ù peu à pourvoir à ses nécessités. 8am; prévoyance, s'.lnsréflexion, il va au-clcvant lle lui comme l'enfant et vit au jour le jour. Aussi manque-t-i I souvent de tout et meurt-il de faim, de froid, de maladie. L'homme primitif ressemble à la bête de proie. Il pille, il vole ce qu'il trou rn à sa portée; il 01 prime les petits et les faibles. La femme a été sa première esclave et sa première victime. Il commence par se servir d'un bàton, trune pierre. Au bout de longs siècles sans doute, il invente ses premières armes, l'arc et la flèche, puis des sortes de filets, d'hames·ons. Le voilà chasseur et pécheur, apr~s avoir mangé iongternps des coquillages, des fruit,-; sauvages et des racines. Il s'habille fle peaux de bête:=:s, 'enluminant le visage, s'illustrant le corps de tatouages bizarres. 11s'abrite sous les arbres, dans les cavernes, d;ins des trous en tene : plus tard il se construit une cabane cnfnmée, car enfin il possède le feu, progrès consiùérable. Combien a-t-il mis de siècles à domestiquer le chien, le cheval, la vache, le mouton r Comme son existence est précaire, puisqu'il ne travaille ni ne produit pas encore, attendu qu'il n'appelle pas de ce nom la pêche. la chasse; il pille et détruit ou Yole qui il peut et où il y a quelque chose à prendre. C'est un guerrier. Sa gloire c'est d'être fort. Dans cette époque lointaine, l'homme est souvent anthropophage. Il mange le vaincu, il mange ses enfants et sa femme, quand la faim est pressante. Nous ne voyons point encore apparaître le travailleur chez l'homme. Les premières tribus nomades nous en offriront un faible spécimen. La domestication des animaux, le soin, la garde, la conduite des troupeaux, la station plus ou moins prolongée, bien qu'on vive sous la tente, exigent une certaine somme de travail de la part de ces pasteurs guerriers. Dans ces premiers âges de la vie de l'espèce, la sociabilité est bien misérable, et l'homme est tout instinctif: presque entièrement dominé par l'instinct de conservation, l'instinct de repro-

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