La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

J. DE S'l'RADA Par cupidité vile ou par féroce orgueil, Le grand être pensant dont le ventre est cercueil, L'homme tua. - Les flots sont une gueule d'ombre. La terre est de la mort l'antre immoral et sombre L'air massacre. - Le globe est la digestion üniverselle. - Et tout est dévoration ! Ainsi qu'une araignée un arbre tend ses toiles, Des cieux et de la terre il dévore les moëlles Tout ce qui passe est pris. happé, humé. broyé. Tout est ventouse. Et tout s'arrête foudroyé. Krakers, les arbres sont ses gueules pour tout mordre. Ces longs bras que l'on voit, immobiles, se tord1·e, Et qui sont les rameaux où la feuille est la main Partout bal"l'6nt l'espace et tiennent le chemin. Et l'être est double. JI suce, il dévore sous tene, Pendant que des cieux purs, il mange l'atmosphère, Constrictors monstrueux, les racines mmpant De leurs anneaux crispés, serrant. trouant, sapant, Grands poulpes 1·ayonnants, aspirent la nature Et volent de la vie. - Et c'est la nou1Titure. - Cn gazon n'est qu'un heu terrible et plein de morts, C'est l'ent,•"étouffement des fleurs à bras le corps. Les herbes tendres sont des hérns de batailles, Qui sur l'herbe étrangère osent dresser leu1·s tailles. Le népe,ithis cynique étale. un estomac Où dès l~s premiers jours le meurt1·e se pâme. Le drosène c1·uel, la dionée infâme Ont fait de la corolle un antre où vit le drame. Sur cela, l'innocence, au visage d'Hermès. - Tout est féroce : une herbe. un roseau. !"aloès, La ronce agglutinant de ses flls toute chose, Les doux rameaux chanteurs, les lèvres de la rose Tout vit d'autrui. Tout mange. Ap,·e fatalité 1 Que sont l'arbre et la fleur? ... - c·est de la cruauté ! 205 Mais, peu à peu la uature se calme; les cieux se rassérènent; l'air devient plus doux et ne brùle plus les poumons; les convulsious du globe sont plus lentes et plus espacées, moins terribles; c'est l'heure bénie à laquelle va paraître le roi de la création, le couronnement de l'œuvre, la Mte peni::ante, intelligente, en L'àmede qui murmure déjà le chant du progrès. Ecoutez: Dans le commencement des corolles en fleurs, Quand rayonne l'éclat fulgurant des couleurs, Quand naquit le fruit d'or, quand s'épancha l'arôme, L'honw,e vint. Les parfums enchantaient son royaume Le pré fertile et doux avait surgi des mers Et les arbres fruitiers embaumaient les prés verts. Une table divine était là, dans les branches, D'où les fruits mûrs tombaient, fertiles avalanches. Et cette terre était, vraiment, le paradis D'où nous vinrent les lois, les mots, les dieux, les fruits.

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