La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

J. DE STRADA 1!19 Pensée. Cette Religion, qui fera la preuve de Dieu - ce mot qui peut paraitre dur a11xlecteurs de la Revue Sociatlste, je le remplacerai par la .F'or•cIemmanente et Eternelle qui n1èut la Vie dans les tonrbillons - cette religion, guide souverain et absolu, sera la Science et ne saurait ètre auLre que la Science. Rien autre qu'une idée scientifique s'appuyant sur le FAIT, dùment contrôlé et prouvé, ne peut prétendre à jouer le rôle immense auquel est appelé, parmi les hommes de l'aYenir, la Religion - au sens exact et élevé du tei·me. D'ailleurs, la Religion étant une création humaine, ne saurait se targuer d"être éternelle et immuable, même relativement. Elle df'vient d'un poids de plus en plus lourd pour ceux qui le supportent parce qu'elle ne veut pas se modifier ;:;uivant les besoins du temps; elle a la prétention de ne changer jamais: l'immutabilité n'existe pas. Règle générale, les Religions sont, dès leur éclosiou, les sauveurs d'un peuple; la force initiative d"une foi qui se fonde ramène presque toujourc; l"énergie qui désertait les cœurs - nécessaire au combat. L'homme s'est toujours passionné pour les choses surnaturelles - ou qu'il croyait telles - et dont la eau e échappait à la compréhension de son intellect peu déYeloppé. Le Christianisme émancipa les peuples; il leur donna une Foi à défendre eLleur montra des faux dieux à renverser; il les sortit de la torpeur en laquelle les tenait la civilisation déprimante par sa corruption, des premiers cycles. Rare, fut la force de la Religion nouvelle, tant qu'elle demeura la cause initiale d'un mouvement d'émancipation. Mais, dès qu'elle se cristallisa, lorsqu·clle voulut arrêter l'élan qu'elle avait provoqué et conduit, les sujets se retournèrent contre elle: l'homme affamé de nouveauté et d'idéal ne saurait arrêter sa marche vers ra venir; il brise tout cc qui l'entrave. Et c'est pour cela - uniquement - que le Christianisme perdit le beau rôle de guide qu'il s"était octroyé, et qu'il avait r<'mpli, non sans gloire et sans donner des preuves du bien considérable qu'il pouvait faire après celui qu'il avait fait. Pour qu'il redevienne maitre des Cœurs, conducteur des Pensées, il faut quïl se transforme, qu'il emboite le pas à la science: il vaudrait même mieux qu'il la précédat. Mais je pense qu'il ne le peut. L' ultimum organum et sa préface, na_turelle bien que postdatée, la Méthode générale, sont l' Ev11ngilenouveau, l'Evangile des hommes de bonne volonté qui cherchent les causes et ne s'arrêtent pas, stupéfaits et abasourdis, devant les effets. En laissant dans l'ombre - systématiquement peut-être, ou par inconscience de la valeur de l'homme et de l'œuvre, cet

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