188 LA REVUE SOCIALISTE Ill « J'eus un rêve qui n'élait pas tout entier un rêve. Le soleil brillant était éteint, et les étoiles erraient obscurément dans l'éternel espace, dépouillées de leurs rayons et sans suivre de route réglée; et la terre glacée flottait aveugle et noire dans l"air que la lune n'éclairait pas; le matin venait, s'en allait, - et revenait sans amener le jour, et les hommes avaient oublié leurs passions dans la terreur de cette Msolation; et tous les cœurs, glacés, dan:, une prière égoïste, imploraient la lumière; eL ils vivaient autour de grands feux allumés; - et lrs trônes, les palais des rois couronnés, - les cabanes, les habitations de tout ge11rc,étaient brûlés pour éclairer les tébèbres; les villes élaient devenues la proie de l'incendie, et les hommes étai eut rassemblés autonr de leurs demeures embrasées pour se rrgarder les uns les autres encore une fois; heureux ceux qui vivaient à proximité des volcans et de leur cime lumineuse I un effrayant espoir était tout cc qui restait au monde, les forèts étaient livrées aux flammes, - mais, d'heure en heure, on les voyait tomber et disparaitre, - et les troncs pétillants, s'éteignaient avec un der1lier craquement, - et puis tout redevenait ténèbres. Leur lumière désespérante, tombant en éclairs passagers sur les visage5 des hommes, leur donnait un aspect qui n'était pas de ce monde; les uns, étendus à terre, cachaient leurs yeux et pleuraient; d'autres appuyaient leurs mentons sur leurs poings fe!"méset souriaient; d'autres enfin couraient ça et là, alimentaient les bûchers funèbres, et regardaient avec inquiétude le del monotone étendu comme un dra'p mortuaire sur l'univers décédé; puis ils se roulaient dans la poussière en blasphémant, grinçaient des dents et hurlaient; les oiseaux effrayés jetaien·t des cris, volligeaieut sur la terre et agitaient leurs ailes inutiles; les animaux lc,s plus sauvages étaient devenus timides et tremblants, et les vipères rampaient et s'entrelaçaient au milieu de la foule; elles siffiaicnt, mais ne piquaient pas: - on les tuaient pour les manger. Et la guerre, qui s'était quelque temps reposée, recommençait à se gorger de carnage; - un repas était acheté .avec du sang, et chacun rassasiait à part son appétit farouche et sombre. Plus d'amour; toute la terre n'avait qu'une pensée, - celle de la mort et d'une mort immédiate et sans gloire. - Toutes les entrailles étaient en proie aux tortures de la faim; les hommes mourraient, et leurs os comme leur chair restaient sans
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