LE DÉCEPTI01HSME 187 bourgeois son prophète. Et devant toutes ces misères nous nous trouvons tous, nons les pauvres, les opprimés, les malhC'ureux, nous tous ceux dont parle Taine, nous qui au milieu dC'tous ces effondrements, de tout cet anéantissement de toute conscience, nous qui enfin avons conservé un idéal supérieur, une conscience non prostituée, nous nous groupions près des poètes déçus et pétris de douleurs et eux nous répondaient: « le bonheur tu ne saurais l'avoir, la société étant mal organisée"· Et de même que vous ramassez les rayons ~olaires sur une lentille, afin de pouvoir arder et incendier, de même nos souffrancC's, notre déceptionisme, nos malheurs et nos révoltes se coagulent dans les cœurs des poètes, les remplissent et puis elles en débordent se répandant au dehors en de sublimes clameurs de révolte, de douleurs, de souffrances et de désespoir. La raison de notre déceplfonisme el de cf'!ui dr• 110s poNr•,ç, 8ft source: cesont ll',çanomalies de let société bo111·r;eoisrL'a. N111sedf' ln maladie du siècle : c'est l'état pathologique de la cil'iti.w1lion ùow·r;r,oi~e. Mais dira-t-on, telle <1n'elleest avec toute sa misèrabilité, la société bourgeoise vaut mieux que la société féodale. Cela est, mais ceux qui attendaient une tout autre société, ceux-là ne faisaient pas de comparaison entre celle d'hier et. celle d'aujourd'hui. Yoilà pourquoi nous avons tous souffert. Quand nous vient un malheur cela nous fait mal, mais cette souffrance de combien n'est-elle pas plus douloureuse, lorsqu'elle est imprévue, inattendue, qu'elle nous tombe à l'improviste. Mais alors de combien plus atroce n'est-elle pas notre souffrance quand nous nous attendions à autre chose, quand nous élions sûrs de bonheur?« La société féodale a été de beaucoup plu~mauvaise.» Très bien, mais qui cela peut-il consoler : un philosophe ou nn sociologue; cela ne console pas ceux qui souffrent. Croyez-vous me <;onsoler réellement, ou pouvoir diminuer ma faim si vous me prouvez que mes aïeux mangeaient moins que moi? Je ne sais si les poètes ont pu se rendre compte dos véritablPs causes du malheur des hommes, mais à coup sûr leur cœur généreux l'a senti. l\'ous regrettons de ne pouvoir, ici même, analyser les écrits de génie d'.une foule des poètes ayant empli le monde et le siècle de leurs gémissements. Maintenaut, nous allons nous occuper du courant de la littérature roumaine et nous apporterons un seul exemple pris dans la littérature étrangère, et le nom du poète qui nous le fournit est étroitement lié au déceptionisme du siècle; nous avons nommé Byron, grand poète parmi les plus grands. C'est la narration d'un rêve et la réalité en est frappante.
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