184 LA REVUE SOCIALISTE théoses, il n',v aura pas de diables ni d'enfer, ou du moins ces derniers ne tiendront que peu de place dans la religion. Dans une société anormale, pathologique, l'essence de la religion sera un dieu terrible et vengeur, tel Jehovah, dont l'enfer sera celui du Dante. De l'atheïsmc nous pourrons dire de même; Tandis que dans une société anormale et pathologique l'atheïsme peut produire une détresse infinie, un fort revirement vers les croyances perdues; dans une société normale il produira les effets dont nous parlent Taine et Buchner. Prenons d'autres exemples: On est d'accord à soutenir que le développement de la conscience humaine - avec le progrès humain - est une chose évidente et réjouissante. Qne cela est évideut, certainement; mais réjouissaut,cela dépend d'un chacun. Léopardi et les pessimistes allemands soutiennent que c'est justement là qu'est la cause de l'infériorité et de la misère humaine. En vérité, tandis que les animaux, les plantes surtout et les choses inanimées ne sentent pas le malheur, nous les hommes nous le ressentons, la conscience du malheur nous rend le malheur plus profond et en rend la guéri on difl1cile. Et c'est en vain que nous essayons de les convaincre, Leopardi surtout, car pour le grand et inconsolable poète, le développement de la conscience n'a été que celui de la douleur. Le développement de la conscience humaine qui, semblerait-il, devrait apporter une influence heureuse, devrait viriliser l'esprit humain, sur certains hommes, il produit un tout autrr effet et on des circonstances données il peut étendre lamélancolie et le désespoir sur toute une série de couches sociales. Les limites de l'article nous forcent à borner la démonstration à ces exemples tout en espérant que l'on a compris la façon d'envisager la question. Nous disons : ni les conceptions philosophiques, ni telles ou telles croyances religieuses ne sauraient être les causes des anomalies intellectuelles telles que le pessimisme ou le déceptio11isme. Toutes ces conceptions et croyancrs morbides sont les symptômes de l'état morbide social et elles ne peuvent paraitre que parce que la société est malade. ·on, la religion boudhiste n'est pas la cause du désespoir des indous, il n'est que l'effet, le résultat de l'enmaladissement du corps social. Il en est de même pour notre milieu européen. Le déceptionisme dans la société comme dans la littérature n'est que le résultat d'une société malade depuis longtemps et foncièrement anormale. Certes.nous _nenions pas l'influence de ces manifestations sur la vie intellec- ·tuelle d'une société; il est certain qu'une conception philosophique ou religieuse inquiétante peut à son tour influencer sur la société en élargissant le champ de son action et en étendant le
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