La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE DÉCEPTIO~"ISMÉ 183 donc pas, c'est le lit, la table. les rideaux ». ~lais tout cela ne prouve qu·une chose c'est que l"homme est malade. Si, au contraire, il était dans son état normal, les objets et les personnes qui tout à l'heure lui faisaient horreur, lui paraîtraient indifférentes ou peut-être même pourraient le réjouir. EYidemmC'nt,ce qui semble très démonstratif quand il s'agit d'un homme malade l'est de beaucoup moins quand il s·agit de toute une société malade; mais l'erreur n'est pas moins la même. Si une spéculation philosophique peut influencer snr l'esprit humain d'une façon douloureuse ou au contraire d'une manière heureuse en dispersant la mélancolie cela ne prouve qu'une chose, c'est quP la société était déjà malade. Les mêmes spéculations philosophiques ne pourraient vivre dans nne société normale, ou si elles y vivaient, elles produiraient de tout autres effets. Au lieu de décourager et d'attrister elles encourageraient. Les chrétiens nous disent: « La perte de la foi et de l'espérance en une vie future, voilà la cause du malheur et du désespoir » ; la rpligion chrétienne, répondent les athées instruits - avec son Dieu vengeur avec ses démons, avPc son ascetisme et son enfer - devrait rendre· l'homme Jàche, malheureux, craignant en sa vie de mécontenter Dieu, et tremblant constamment pour sa vie future. Au contraire la conception scientifique réhausse l'homme et le grandit, en lui ouvrant de nouveaux et vastes horizons, elle lui montrt- où marche l'humanité, jusqu'à quel point elle peut 'Pénétrer de l'avant; et, en le délivrant des terreurs religieuses, elle le rend d'autant plus heureux que la religion l'avait rendu malheureux. Les uns comme les autres ont tort, ou plutôt chacun a raison sur un point. Là où Je développement social n'est pas assez élevé pour atteindre à l'athéïsme, là le déïsme est nécessaire (1). Quant aux formes que devra prendre la religion déïste, cela dépendra des circonstances hist0riques sous lesquelles se débattait cette société. Dans un monde normal, sain, le dieu des chrétiens sera un dieu bon, charitable, les bons petits anges iront enscèner les apo- (1) Nous ne partageons pas cette façon de voir, qui nous semble être surtout une mauvaise construction littéraire plutôt que la traduction de la pensée de l'éminent critique. En ,•érité telle qu'elle est, cette phrase expliquerait la religion comme état d'âme et un besoin psychique de la religion; .tandis que nous croyons le contraire. Beaucoup de peuplades sont profonderuent athées et la religion est un phénomène économique. (Note du Traducteur.)

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