178 LA REVUE SOClALJSTE En Europe, nous rencontrerons sur ce point toute une littérature, une foule do répouses les unes plus spirituelles que les autres, P.t il nous faudrait rien que pour les ciler tout un grand article. Malgré cette profu~ion de réponses, la plupart d'entre elles sont loin d'ètre satisfaisantes, et les meilleures ne nous contentent qu·en partie. La cause du déceptionisme dans la société et dans la liLtérature est la perte de la religion et de la foi; jadis le monde a été - si vous voulez - naïf, nous disent les apotres du passé, mais il avait ses crnyances, il croyait aux contes, au temps d'an tau, aux c1ngeset au paraùis. Aujourd'hui les sciences positives lui ont enlevé ces croyan- ~es naïvPs, mais calmantes, et en échange ne lui ont riPn donné. L'humanité ne saurait vivre sans foi et voilà le point de départ du déceptionisme ou du pessimisme; telle est l'origine de la maladie du siècle. On en accuse aussi tantôt la philosophie métaphysique, tantot le positivisme. « La Philosophie métaphysique, dit-ou, a élevé l"hommP-à des hauteurs prodigieuses. Elle lui a promis la clef de toutes les éternités et le déchiffrement de toutes les énigmes et a fini par des phrases vides et creuses>>.Les science:, positives - dit-on encore - la philosophie positiviste a ouYerL à \"homme do très larges horizons et en même temps elle a dit aux humains; Yoilà jusqu'ou tu iras, voilà la frontière de tes connaissances, ta peine sera inutile si tu cherches à trouver l'absolu, car il est en dehors des connaissances humaines. La philosophie moderne ayant découragé les esprits, il nous faut lui attribuer le déceptionisme du siècle. >J Enfin souvent on entend dire « la démocratie moderne a excité les haines et les envies sam, les pouvoir contenter, voilà la cause du déceptionnisme. En parlant des poètes de notre siècle voici ce que dit Taine (1): « Le concert de leurs lamentations a rempli tout le siècle, et nous nous sommes tenus autour d'eux, écoutant notre cœur qui répétait leurs cris tout bas. Nous étions tristes comme eux, et enclins comme eux à la révolte. La démocratie instituée excitait nos ambitions sans les satisfair&; la philosophie proclambe allumait nos curiosités sans les contenter. Dans cette large· carrière ouverte, le plébéien soulfraitde sa médiocrité et le sceptique de son doute; le plébéien, comme le sceptique, atteint d'une mélancolie précoce et flétri par une expérience prématurée, livrait ses sympathies et sa conduite aux poètes, qui disaient le bonheur impossible, la vérité inaccessible, la société mal faite, (l) Histoire de la Littérature Anglaise, 3' volume.
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