LE DÉCEPTIO"NISME 177 dont se sont fait l'écho Emiuesco, De la Vrancea, Vlahouta et tant d'autres plus ou moins doués? D'où provient une si profonde amertume? Il ne peut être question de hasard, quand il s'agit de tout le mouvement littéraire d'uue génération. Serait-il possible, comme quelques-uns le soutiennent que, à lui seul, Eminesco ait pu pousser notre littérature dans le déceptionnisme? Et ici nous rappellerons la fameuse discussion sur Dieu: << Si Dieu n'existe pas, disent les théistes, qui donc fit le monde? » A quoi les athées répondent par une autre question: « Mais en admettant que ce fut Dieu, qui a fait Dieu>>. Cette réponse - interrogative - nous aussi pouvons la faire à ceux qui attribuent à Eminesco le déceptionisme de notre littéralure. Si c'est lui qui est la cause, quelle est celle qui le rendit déceptioniste lui-même! Serait-cc les dispositions naturelles? Très bien. Mais alors comment cela aurait-il pu se faire, comment cela parvint-il à accabler notre littérature, si le milieu et les circonstances sociales ne lui arnient été favorables (1)? Si tout cela avait été peu hospitalier, contraire au développement ùu déceptionisme, il n·aurait pu se développer en Roumanie, pas plus qu'nne plante des tropiques, n'aurait pu prospérer parmi lss glaces sibériennes. Donc, de toute façon, c'est aillt>urs qu'il nous faut chercher les causes do ce phénomène, ailleurs et plus profondément. Citons encore une autre opinion d'après laquelle ce serait la littérature étrangère qui aurait imprimé ce déceptionisme. Elle soutient que nous serions sous le coup de la maladie qui laboure notre siècle; et que cette maladie accable la littérature occidentale. Los pleurs de nos poètes ne seraient qu'un écho de cette immense clameur, de ce blasphème de la vie, qui a eu son premier retentissement en Europe par la bouche d'un Leopardi, d'nn Byron. De même la mélancolie de nos poètPs ne serait qu'un réporcutement de la profonde mélanrolie d'Alfred de Musset ou de H. Heine. En vérité, si c'est sous l'influence seule de la littérature occidentale quo le déceptionisme a envahi la nôtre, quelle en est la cause dans le mouvement étranger. De plus, pourquoi cette littérature occidentale u'a-t-elle pas influencé sur la littérature de nos pères? Pourquoi ne retrouvons-nous plus cette amertume dans les œuvres d'Alexandre, de Bolintineano, Mureseanu, Cirlova, Rosetti, etc. La question est de la plus grande importance et les réponses fournies ne nous expliquent pas les vraies causes de ce dont nous parlons. (l) De plus, il faudrait admettre une identité psycho-physiologique entre Eminesco et les autres poètes ; cette identité collective ne saurait non plus être l'effet du hasard. - N. T. 12
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