La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

LE DÉCEPTIOXISME 17!7 et l'homme avorté ou gàté. De ce concert, une idée sortit, centre <lela littérature, des arts et de la religion du siècle: c'est qu'il y a quelque disproportion monstrueuse entre les pièces do notre structure, et que toute la destinée humaine est viciée par cc désaccord. « Quel conseil nons ont-ils donné pour y remédier? lis sont grand. Ont-ils l•té sages? « Fais pleuvoir en toi les sensations véhémentes et profondes; tant pis si ensuite ta machine craq uc !» - « Cultive ton jardin, resserre-toi dans un pelit cercle, rentre dans le troupeau, deviens bètc de omme. i> - « Redeviens croyant, prC'nds de l'eau bénite, abandonne ton esprit aux dogmes et ta conduite aux manuels. " - « Fais ton chemin, aspire an pouvoir, aux honneurs, à la richesse.,, Cc sont là les diverses rl'.•ponsesdes artistes et des bourgcoi , dC'schrétiens et des :nondain'. Sont-cc des réponses? Et que proposent elles, sinon de s'assou\'ir, de s'abêtir, de se détourner èt d'oublier? Il y en a un autre plus profonde que Goëlhe a faite le premier, qnc nous commençons à soupçonner, où aboutissent tout le travail et toute l'expbriencc du siècle, et qui sera peut-ètrc la matière de la littérature prochaine: « Tache de Le comprendre et de eomprendre les chose . i> Hl•ponse étrange qui nr semble guère neuve, rt dont on ne connaitra la portée que plus tard. << Longtemps encore les hommC'ssen liront leurs sympathies frémir au bruit des sanglots de leurs grands 1,oètcs. Longtemps ils s'indigneront contre nne de tinée qui ouvre à leurs aspirations la carrière de l'espace sans limite 1,our l<'s briser à deux pas de l'entrée contre une misérable borne qu'ils ne rnyaient pas. Longtemps ils subiront comme des entraves les néoessités qnils devraient embrasser comme des lois. :\'otrc génération, comme les précédentes, a été atteinte par la maladie du siècle, et ne s'en reliwera jamais qu'à demi. :\'011spanicndrons à la vérit{,, non au calme. Tout ce que nous pouvons guérir en ce moment, e'est notre intelligence; nous n·avons point <leprise sur nos sentiments. ~lais nous avons le droit de concevoir pour autrui les espérances que nous n'avons plus pour nous-mèmcs, et de préparer à nos descendants un bonheur dont nous ne jouirons jamai;;:. Elevés dans un air plus saiu, ils auront peut-ètre une àmc plus saine. La réforme des idées fiuit par réformer le reste, et la lumière de l'esprit produit la sérénité du cœur. Jusq uïci èans nos jugements sur l'homme, nous avons pris pour maitres les révélateurs et les poètes, et comme eux nous ayons reçu pour des vérités certaines les nobles souges de notre imagination ('t les suggestions impérieuses de notre cœur. Nous nous sommes liés à la partialité des divinations religieuses et à l'inexac-

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