La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

lïû LA REVUE SOCIALISTE D'autres comprennent par« pessimisme>>une maladie ayant ravagé toutes les races, toutes les civilisations, une maladie aussi ancienne que l'Humanité et dont les ravages ont été d'autant plus terribles que les circonstances sociales lui étaient plus favorables. Circo11stancessociales anormales, mauvaises dispositions de la vie d'un individu, anomalies sociologiques (ce mot pris dans le sens de physiologie sociale) autant de causes de pessimisme. Et comme nulle société n'a encore été exf>mpte de pareilles anomalies, nulle société n'a pu être exemptée de pessimisme, et toutes ont été amertumées par son fiel. Cette dernière com1,réhension nous convièadrait de beaucoup; toutefois elle présente un inconvénient. - Portée à l'extrême, on pourrait soutenir que chaque homme porte en soi le germe du pessimisme. De mème que, d'après la première explication, nous devons croire que le pessimisme était inconnu à la société gréco-romaine, et qu'il ne se montre pas même dans Sophocle, Euripide, Hegesias (l), Lucrèce, pas même dans Byron, ~Iusset et tant d'autres de nos jours; de même d'après la seconde explication, poussée jusqu'à l'absurde, nous devons dire que tous les hommes sont pessimistes. Le lecteur, rien que par ces quelques lignes, pourra se rendre compte du côté nébuleux du mot <,pessimisme ». Justement c'est le vague du mot qui fit que nous le remplacâmes par un autre plus clair. D'autre part, le mot<<pessimisme » a pris une mauvaise signification depuis que des pessimistes de contrebande s·en sont approprié. A cause de ces derniers, le mot <<pessimisme » deviendra bientôt une injure, qucique ce dont nous nous occupons actuellement est une chose trè~ sérieuse en soi, très sérieuse et très triste. Pour toutes ces raisons nous avons été amenés à employer le mot déceptionnisme lequel malgré qu'étant d'un cadre plus restreint que le mot pessimisme fixe mieux notre pensée et explique mieux ce que nons voulons dire. D'où provient tant de profonde amertume? QueHe est la cause de ces cris d'atroce douleur, de profond désespoir, de déception, qui s·est emparé de la littérature roumaine contemporaine et (1) llegesias, philosophe pessimiste de la Gr·êce, le philosophe et l'artiste dépeignant la douleur et le nihilisme de la vie, eut une tellè influence sur son époque que le roi Plolémée fut forcé de lui fermer son cours pour enrayer la contagion du suicide qui avait empoigné se$ disciples.

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