LA RÉVOLUTIOX DE DElllA.IX d'un pouvoir d'autorité irree<ponsable, insaisissable, d'autant plus dangereux qu'on ne sait jamais où il est, on plutôt qu'on le croit là où il n'est pas. C'est comme une locomotive en marche, ùontl e mécanicien est invisible, ce qui fait dire aux voyageurs qu'elle entraîne : « C'est nous qui la conduisons». Le législatif, clans un régime parlementaire, me fait l'eJiet d'un tailleur de modèles qui coupe, taille et confectionne un complet qu'il ajuste à un mannequin ùont les formes sont parfaites. Quand le complet est fait, il est clair qu'il peut· senir de type aux vêtements sur mesure qui conviennent à chaque incli,·iùu. :MaisYouloir appliquer le 1·omplel à tout le monde, et prétendre qu'il aille bien, sei-ait une chimère, attendu qu'il n'y a pas deux individus qui, physiquement, soient bàtis exactement de la même façon, et clans des proportions absolument semblables. Ainsi le Législatif fait des lois pour sen-ir à tous les citoyens. }fais, en fait, !'Exécutif, qui applique les lois, taille, rogne, élargit, retrécit, allonge, racourcit, au demeurant interprète comme il lui plaît, selon les gens, les cas, les lieux, selon l'intérêt de sa politique ou selon l'humeur et le tempérament de ses agents. Et quand je dis !'Exécutif, j'entends non seulement le chef nominal de l'Etat, mais les ministres, les administrations, et la magistrature, qui, au point de vue gouvernemental, est, (par le fouet des distinctions honorifiques et le licou de l'ayancement) dam; les mains du pouvoir, comme un cheval attelé est clans les mains de son conducteur. Chacun sent que pour un gouvernement habile ou i•nergique les lois sont comme si elles u'existaicnt pas, ou plutôt sont des textes platoniques sur lesquels il peut, à sa volonté, broder toutes les arabesques de l'arbitraire. Car il les peut interprêtcr ou faire interprêter à son gré par ses fonctionnaires de tous ordres ; il en peut précipiter on retarder, resserrer ou distendre l'application; il peut les laisser dormir ou les réveiller : et les lois, d'ailleurs, surchargées de gloses, embroussaillées d'arrêts, enchevêtrées les unes dans les antres, représentent clans leur ensemble une cleces forêts africaines, où l'on n'y voit goutte en plein midi, pleines de bêtes féroces, semées de pièges, cruelles au voyageur, et au travers desquelles il est très difficile de se frayer nn chemin et de sninc une direction connue. Les loi:, ! Mais n'avons-nous pas vn les mêmes lois servir d'instruments cle règne et de combat aux gouvernements les pins opposés: à Thiers, à l\Iac-~Iahon, à Gambetta, à Jules Fer1T, à Floquet, à Constans? Les mêmes lois qui ont failli perpétrer le
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==