La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

168 LA REVUE SOCIALISTE C'est l'opinion publique qui mène le monde. Mais c'est pref!- <JUetoujours quelques hommes supéri.,urs, et souvent un seul, ·qui mènent l'opinion publique, parce qu'ils savent à la fois en dégager les tendances normales et en contenir les écarts. Spencer a raison de dire que « le gouvernement est l'instrument du sentiment populaire». ~fais un sentiment n'est pas plus une volonté, qu'un désir n'est un acte. Il est bien évident qu'aucun gouvernement n'est possible s'il n'est conforme à l'opinion publique. Or, si nous considérons que les masses sont mî1es bien plus par le sentiment que par la raison, nous sommes fondés à dire que l'opinion publique est moins une opinion qu'un sentiment g<'.•néral. Ce qne j'appelle « dictature », en somme, c'est [P pow·oir d'rwlorité qui est l'füne m(•me, le moteur essentiel de tout organisme gouvernemental. Or, Cl' pouvoir d'autoriü\ on 1>ent le dii,;simule1·, le masquer plus ou moins hahilenwnt derrière un décor parlementaire Pt eonstitutionnel qnelcon<pHl; - il faut qu'il existe réellement, il faut qu'il agisse, - à peine pour l'Etat de tomber clantt la pure anarchie. Ce pouvoir d'autoriü\ on pt•ul assurément, et l'on doit l'cntour<'r <leco1ltr<'-ponYoirHqui le circonscl'ivenl, l'empêchent de s'étendrl' au-delà de «a sphi•re normale d'action, de plus t•n plus excluHivemcnt réduite aux fonction,; de di•fense nationale l't <lepolice intérieul'C'. A ce point de ni<', on ne saurait prendre tl'op do précautionH. Et lt•s principales, c'est (le n'accorder au gouvernenH'nt <1u'i111t' <lurée limitée, en le Romiwltant à la réélection, soit directe, Hoit à deux th'gl'l'H: c\•sl ensui((' d'exclure du gou,·ernement tout clwf militaire, t•t dïntcnlire à l'amiée (tant qu'il y aura une armée permanente) toute intl•rvention dans la rue, le soin d'assurer l'ordre public dc•v,mt être exclusi wment réservé à la gendarmerie et il la police, aux or(lrc•,; des pou ,·oirs locaux ; c'<'st de proclamer la liberté absolue de cliscusHion, de réunion et d'association; c'ei,t t'ncore de remettre les clétt cle la caisse publi<1uo aux mains de la f'hambre politique, dont la presqu'unique, mais bien suffisante fonction Ht'hornerait it diseutc,r et voter le budget. )fais par deHSUH tout, c'est de s'appliquer it réduire <leplus en plus les attributions <lu gouvc•rnement, en d<'Centralisant les pouvoirs administratif,; et judicaires, rcHtitués aux go111•er11f'11ie11/.'i locaux: communes, canton,;, départements ou régions, selon l'organisation it adopter. Mais les précautions organisées par le s;ystème parlementaire actuel sont puériles, et elles tendent, au contraire de leur but officiel, à favoriser l'éclosion, le développement et l'envahissement

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