La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

1ï0 LA REVUE SOCIALISTE coup d'Etat monarchique de 77, ont armé l'opportunisme et le soutiennent (1). Les lois! Elles auraient envoyé le président Carnot it l'exil aussi aisément qu'elles y ont envoyé le général Boulanger. li n'aurait pas été besoin d'en modifier une lettre, une virgule, un point, ni un numéro. Elles sont royalistes, bonapartistes, opportuni,;tes, radicales, tour à tour ou en même temps, à la fantaisie de l'opérateur. Elles sont en réalité n'importe q11i'stes. Les lois, c'est le sabre de ::\I.Prudhomme qui sert à défendre nos institutions, ou, au besoin, à les combattre. Les lois, en somme, c'est l'étoffe dont est faite la dictature gouvernementale. Et cela se conçoit, en définitive. Car on ne gouverne pas avec des formules abstraites, des définitions générales. Gouverner, c'est agir; et l'action est continue, variée à l'infini, et elle suit des décisions pratiques, mobiles comme le temps, les circonstances, les lieux, les in<li\·iùus << ondoyants et divers» auxquels elles s'appliquent. Si, comme l'exprime admiI"ablement Bluntschlii, dans sa Théorie de l'A'tat, « l'Etat, c'est la personne politiquement organisée de la nation, clans un pays déterminé », il est clair que cette « personne » doit être organisée à l'image d'un individu réel. Il faut qu'elle ait, outre le corps, une tête, des bras et des jambes. Si vous lui donnez cinq ou six cents têtes, ce ne sera plus une « personne » ; ce sera une hydre. Si, au lieu d"une tête vivante, c'est une tête de bois que vous lui attribuez, les bras et les jambes conduiront le corps à leur fantaisie ; votre Etat sera une « personne » aYeugle, sourde, muette et idiote, qui marche à tort et à travers, et sans savoir où elle va. C'est dans ce sens, c'est à ce point de vue qu'il faut considérer que tout gouvernement politique des hommes est, plus ou moins officiellement, une dictature. Sans doute, ce gouvernement politique des hommes tend à disparaître, dans un avenir plus ou moins lointain (2). Au fond, pour qui sait lire l'histoire, il est facile de constater que, si tout gouvernement a le caractère dictatorial, le développement des nationalités a toujours agi dans le sens d'une limitation, (l) L'affaire du Panama nous en donne encore un exemple saisissant. N'a-t-on pas vu, à huit jours de distance, l~s mêmes lois invoquées tour à. tour par un ministre de la justice pour refuser l'autopsie du baron de Rcinach et la communication d"un dossier judiciaire, et par Je ministre de la jUStice qui lui a succédé pour accorder l'une et l'autre de ces mesures? (2) • L'Etat doit travailler à se rendre inutile et donner sa démission. • Jutes SrnoN.

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