LA RÉVOLUTIOX DE DEMAIS 1(;7 l'esprit cependant est qnotidiennemeut exercé à la méditation, it l'obsen-ation, à l'étude, ù l'expression, écrite ou parlée, ou se rend compte de l'espèce d'atrophie mentale dans laquelle tombent la plupart des hommes, voués du matin au soir, sans autre relàche que les courts instants consacrés au repos, à un labeur matériel abrutissant. Amisi, les masses ne se passionnent-elles jamais pour une idée. Elles se passionnent plus aisément pour une formule, à la condition qn'ella soit bien brutale, bien concrète, on qu'elle traduise un instinct on une aspiration sentimentale: - <<Du pain ou du plomb 1 » - « Yivre en travaillant ou mourir en combattant! >> - « Liberté, Egalité, Fraternité ! » - YOilà les cris de mlliement qui ont sonle,·é les multitudes, aux grands jour,; révolutionnaires ou in,rnrrectionnels. - La Jiarseillaii;I' a_plns puis~amment soulevé l'àme des fonlt>s et précipité l'action révolutionnaire que tous les discours de YPrgniauù, de Danton et ùe RobeRpierrc. En di,pit de sa souveraineté théorique, dont il est peut-être moins jaloux que ceux <1nil'exploitant, n'affectent de le croire, le suffrage univer,;el a le confus sentiment de Honincapacitf'.,gouvernementale. ("Œt pourquoi il .s'attache aux forts, il s'enlhonsiasme pour l'homme qui, à uu moment donné, lui paraît de taille à prendre le pouvoir. Il a suivi - on poussé - le général Boulanger tant qu'il a cru que le général Boulanger voulait s'emparer du gou vernemeut, fût-ce par un coup de main. Il ra abandonné, r,mié, flétri, dès qu'il a vu que son héros n'était qu'un homme moyen, (1Uin'avait ni le génie, ni l'estomac d'un dictateur. An foud,qn'on le veuille ou non,la force des choses,la nature même de tout gou verncment impliquent une impulsion, une dirèction dictatoriale, c'est-à-dire émanant d'un on de quelques-uns, jamais de tons. Il y a des sentiments généraux, pins on moins vagues, et <l'ailleurs mobiles; des idées générales plus ou moins vagues, et d'ailleurs variables : il n'y a pas de 1•olontégénùalf', an sens positif, ferme, précis du mot (1). (}) Le remarquable auteur anonyme de !'Anarchie Française exprime très nettement la même pensée : • La volonté générale n'est en fait qu'une formule commode et facile, pour attribuer à une collectivité une œuvre qui est surtout celle d'une individualité quelconque. • La souveraineté nationale qui en découle constitue. dès lors et par la force même des choses, une erreur, une fiction politique tout aussi monstrueuse. Dans toutes les choses de la vie, on s'en aperçoit. Il n'y a rien de possible si tout le monde commande, préciscmcnt par ce qu'alors personne ne commande et que l'effort de coordination, de dit·ection nécessaire, indiSpensable à toutes les choses humaines, fait absolument défaut. •
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