La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

161 LA REVUE SOCIALISTE leurs braYades, leur imprudence ou leur lâcheté, coovérèrent à l'œnne c.ledémolition tout autant que les révolutionnaires malgré leurs excès, leurs incohérences, leurs fautes et même leurs crimes. Pour détruire une maison, pour détraquer un() machine, tous les outils sont bons, tous les ouvriers sont habiles. Quand il s'agit de rebâtir l'édifice, de réparer ou refaire la mécanique, c'est autre chose. Il faut une intelligence qui conçoive, une autorité qui commande, des ,·olontés qui obéissent et exécutent. C'est le peuple qui, spontanément, renverse la Bastille et fait la journée du Dix Août: c'est la Convention qui, dictatorialement, décr.'lte et organise la république. l\Iais qu'est-cc à dire: une ùitelligenre qui conçoive, une antorité qui commande? Eh quoi ! ce gouvernement sera donc une dictatura? Parbleu ! que voulez-vous donc qu'il soit ? Le mot est discrédité, et il faut, pour le prononcer, un certain courage. l\Iais le mot « socialisme » a eu, lui aussi sa mauvais3 fortune. ~Iot méprisable et flétri, devant lequel, d'horreur ou d'effroi, chacun reculait. Vingt ans ont passé, et voilà ce mot, naguère excommunié, proscrit à l'égal d'un mot obscène; le voilit qui court sur toutes les bouches, de la gueule amère du gueux aux lèvres roses et parfumées de la dame du monde. Qu'est-cc que le socialisme? On ne sait pas bien au juste; mais tout le monde en jase, comme M. Jourdain faisait de la prose. Socialiste? Tout le monde l'est! Le baron qui descend des crois~s et le larbin qui descend de l'escalier de service; le patron et l'ounier; les curés et les francs-maçons; le cardinal Lavigarie et le compagnon 'l'ortelier; les papes, les empereurs : - tous socialistes! Curieux pouvoir des mots sur notre esprit! C'est pour des mots que, presque toujours, nous nous battons; car ce sont ùes mots qui nous divisent, plus que des idées, par la raison que, fils et neveux de latins, gâtés par une éducation toute rhétoricienne, nous ignorons l'art de penser.Nous construisons mentalement des phr.:isas avant de savoir quelles idées nous mettrons dedans. Et g.!méralement la conception de l'idée est entravée en notre esprit par la préoccupation du mot. En définitive, par penchant de race autant que par éducation, nous sommes habitués it exprimer avant de concevoir : de là, d'ailleurs, le règne politique des avocats, et le régime parlementaire. L3 mot de dicaiture nous fait cabrer. Il évoque tout de suite à nos yeux le spectre de César, le farttôme de Bonaparte, qui furent, en effet, des ùictateurs de trempe un peu rude et, au surplus - le dernier au moins - profondément rétrograde. Mais de ce qu'il

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