LA CORRUPTION POLITIQUE 135 à la loterie et pour cela, on dut acheter non seulement la presse financière, mais une foule de journaux politiques, qui du reste sont habituellement au service de la finance. Le publie ainsi trompé a jeté son argent dans le gouffre. La finance, le i:;arlement, la presse : voilà les trois complices les trois microbes. ' La première mesure à prendre à l'égard des criminels consiste it les isoler les uns des autres. Comment faire pour soustraire le pouvoir gouvernemental et cet autre, non moins important, le pouvoir de la presse au contact fnneste de la puissance financière, en général de la puissance de l'argent? Ce n'est point une tâche facile. Prenons d'abord le pouvoir gouvernemental sous cette forme qui s'appelle régime parlementaire. La corruvtion le pénètre dans sa source même. Ce n'est point la valeur d'un candidat qui décide de son élection, c'est avant tout son a1·gent. La lutte électorale se fait de plus en plus, à coups de billets de banque. Les frais d'une simple élection municipale à Paris s'élèvent à des chiffres relatiYement énormes- dix à quinze mille francs. A chaque renouvellement de la Chambre, la vérification des pouvoirs nous r,•vèle de honteux scandales. L'élection n'en est pas moins validée, tant chacun a conscience d'être lui-même plus ou moins coupable du même délit. Une fois validé, le député en a pour quatre ans d'un pouYoir assuré, sans limites, sans contrôle. Comment n'en abuserait-il pas? On a proposé pour remédier au mal, de revenir au cens, de supprimer les vingt-cinq francs, de prendre des mesures qui permettraient aux seuls gens fortunés d'être élus.Le suffrage universel est au contraire la condition essentielle pour moraliser les pouvoirs publics; c'est en assurant la sincérité du vote, c'est en rapprochant le mandataire de l'élu, en les identifiant pour ainsi dire l'un à l'autre, c'est en assurant l'intégrité complète et permanente de la souveraineté nationale, qu'on obtiendra le résultat voulu. Je m'explique. Voulez-vous que le vote s.oit pu1· de toute pression vénale et de toute influence démoralisante, que le pauvre comme le riche puisse affronter le scrutin avec des chances égales, que l'électeur choisisse en toute liberté, en toute lumière, en toute sincérité, autrement dit que le mandat soit au plus digne? CommencPz par égaliser les chances, en mettant à la charge de l'Etat les frais de l'élection. Ainsi vous aurez substitué la rivalité du mérite à la rivalité de l'argent. Les Anglais qui ont. plus que personne l'expérience cleebourgs pourris ont introduit cette réforme dans le programme de leurs revendications politiques. Leur instinct pratique, qu'on nous cite
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