LA CORRUPTIO~ POLITIQUE 131 Et faute d'un remède assez énergique, faute d'uno digue assoz puissante, le flot de boue montant toujours finit par tout envahir et tout submerger. L'âge moderne, celui qui commence avec la Révolution a pour devise: la justice sur la terre. En est-il une plus haute? Il a proclamé la liberté, l'égalité, la fraternité. Quels principes valent ceux-là ? La République qui a repris la tradition révolutionnaire a sa boue elle aussi ; elle a son mal rongeur. Il faut construire la digue pour arrêter le flot envahisseur; il faut découvrir la plaie pour la guérir. Les autres régimes n'ont pu le faire. La République le peut-elle? " " " La situation, telle qu'elle se présente en ce moment est on ne peut plus caractJrisque pour un pathologiste. Le mal qui nous ronge étend son ulcère à toutes les contrées. L'éclosion du Panama a été comme le signal d'une foule d'autres. Les pauvres comme les riches, les petits comme les grands se sont , Jliqués d'émulation. La vertueuse Allemagne a rivalisé avec la Russie, pays du bakchich. Eu Italie, on se défend de n'avoir qu'un petit Panama. La Belgique nOt}Sapprend que chez elle aussi le commerce des votes a cours de même que celui des faux poinçons. l\Iais plus le mal est grand, plus on met partout des soins à le dissimuler. Les gouvernements monarchiques peuYent tirer de cette ressource un profit momentané. En faisant les ténèbres, ils pan•iennent, pour un temps, à YOiler leurs hontes et leur décrépitude. En est-il de même pour notre gouvernement républicain ? Il a essayé, mais n'a pas réussi. Pourquoi? Parce qu'un pays de démocratie ne peut avoir les mêmes p1·oéédés de gouvernement qu'une monarchie, parce que les mœurs de la liberté dégagent des forces nouvelles qui défient toute compression et tout obstacle. Cette force nouvelle s'appelle l'opinion publique. Un gouvernement monarchique ne peut que se méfier de l'opinion publique. Car il repose sur les classes privilégiées. Il siège ainsi en plein foyer de corruption ; le moindre ébranlement en ~enace l'équilibre. Sans remède contre la décomposition envahissante, il se contente d'espérer que le régime durera encore autant que lui. La République n'a point les mêmes soucis parce qu'elle est impersonnelle, parce que c'est dans la profondeur de l'organisme,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==