La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

REVUE DES LH'RES 125 i;rands? D'ordinaire ils ont l'honnêteté plus spontani-e, en tous cas le \'ice moins c,.dculateur, moins rél\jchi, sous une apparence plus grossière. parce qu'il est plus franc et se soucie moins de prendre un masqu~. La clémoralisation est aussi complète. Les ordonnances ser\'ent d'espions. « Les fumeurs vendraient leurs camarades pour un bon de tabac, les bu1·e11rspour deux sous de goutte, etc., etc. " :\lais enfin on parle de bons soldats? Le bon soldat ne doit pas être un mythe. En notre siècle positif 011 n'y croirait pas. Il existe bien. Jean Lctrên,c l'a vu de près. Quel e:,t-il dune! Cet honnête gue,-rier nous consolera des vilains personnages que aous arons trou1·és à chaque pas. Le bun soldat est celui qui passe c sa vie à astiquer, frottant des heures son bouton de sous--pied, ne désirant que du tripoli, une gourmette et un polissoir. » li ne quitte pas :,on tablier. on lui donne les galons clc p,·cmière classe, et ce n'est plus un soldat, c·est une c bonne lemme"· Ainsi cc titre dont Jean Lctréme eüt été si fier, quand il rêrnit d'héro\qucs exploits est un bre\'et de crétinisme, de stupidité machinale'. On a crit au scandale à l'apparition du roman de Desca\'es. :\lais voici un auteur à qui on ne peut reprocher la brutalité de l'exp,·ession ou de la peinture, qui n\,. point b,·isé les vitres pour attirer l'attention. A-t-il une clair- \'oyance moins nette« dans la débàcle de tout? ► ce qu'il a constaté est-il moins significatif?« On parle du drapeau, on ne songe qu'à l'argent ... l'n capitaine prélèl"e sa l"iandc sur la ,·iandd de ses hommes et s'entend al"ec le boucher; les maréchaux-de-logis tripotent su,· l'ordinaire ou se linent à des marchandages éhontés arec les fournisseu,·s et spéculent sur les positions d'absence et de présence des permissionnaires et des malades. Après quoi, tous les mois, ou plus sou1·ent, on l"a porter le.s liHes, contrôles, registres, en grande pompe. chet le capitaine en second qui ajuste soigneusement son binocle sur son nez pour additionner, soustraire ou dil'iscr: cela fait, il signe sans rire. on emporte lesdits lil'rcs. contrvles. registres, au quartier, et dt1 haut en bas, c'est un coulage solidairement organisé, officiellement régularisé par des faux chiffres, sur des papiers l"érifié,, approul'és et paraphés gral"ement. " Leur honneur à tous. dit encore l'auteur, est simonie; leur patriotisme, fourberie et lii.cheté.Pardon! Ce n'e,;t point l'auteur qui parle ainsi. C'est Jean Letrêmc qui se confesse. La restriction mut la peine d'ètre faite par temps qui court. « Et ces soldats continuent à l"ivre sur leur réputation de loyauté, de probité, agitant en public, les jours de parade, les mots d'honneur, de patrie! ► Jean Letrême « a des nausées •. - « Il n'y a pas de soldats. Il y a des tripoteurs, des rlébauchés, des hypocrites, des lâches, de peureux, des fanfar,,ns, des flatteurs, des concussionnaires, des ivrognes, des exploiteurs et des exploités, des gens dont tous les défauts s'exagèrent dans un pareil milieu. ,, .Jean Letrême a l"U bien d'autres choses qu'il nous raconte et qu'on pourra lire dans le roman; encore n'a-t-il pas tout vu ou tout 1·oulu rél-éler. li nous suffit d'avoir montré que ce qu'il a ,·u n'est pas de nature à redorer l'auréole d'un autre dieu qui s'en ,·a. La bêtise humaine, en extase devant les Lorgnegrut et les R~mollot, a-t-elle assez la bouche pleine de ces a_phorismes qu'elle s'en ,·a répétant partout: La caserne trompe les caractères, la caserne est une école de grandeur d'âme, etc.'? Mais 'peut-être celle où a véc1:1!'Elève-Martyr fait-~lle exception à la_règle !

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==