La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

121 LA REVUE SOCIALISTE mènent un train fou. Le bonhomme qui n'avait pas le sou vit heureux, car elle a de 1uoi lui payer ses maitresses; ils sont ruinés, mais il y a toujours de l'al'gent pour donner des fêtes, et le bruit court que Maul'rès et Du \'ergny, les deux sous-lieutenants du 4•, l'aiment trop ... Le major Lambrisson ne quittè pas le cercle arnnt d'étre ivre-mort; il faut que son ordonnance le monte chez lui, le déshabille et le couche; il faut encol'e qu'il lui mette sur sa table de nuit une fiole de cognac qui est vide le matin. Quand il est sur le terrain de manœul"res, il no tient pas à chernl et n"entend pas la moitié des commandements. Toujours toussant, toujours crachant, jamais dégri,é... Ensuite on emprisonn~ les pauvres diables qui ont perdu l'habitude du \'in et qui ont un petit coup de trop dans le nez les jours de fête. > Au moins l'armée est une école de probité? Le soldat a toujours eu un renom d'intégrité rigide et incorruptible. li faut croire que les supérieurs de Letréme n'ont point étudié le Manuel du parfait chasseur. li y a parmi eux un capitaine-commandant qui fait casser tout le monde, mais qui ne punit jamais tel de ses collègues qui lui donne libre accès sur ses terres de chasse. li protège aussi son brigadier-founier, , parce que l'autre lui a fait cadeau d'un magnifique setter.> Après tout, le mal ne serait pas trop grand. Il faut être poêle comme Schiller pour dire que l'ingratitude est l'indépendance du cœur. Puis le capitaine-commandant n'est-il pas le père de son escadron? Il lui vend" les salades de son jardin en persuadant aux hommes qu'il est leur bienfaiteur et qu'il agit ainsi pour améliorer le fonds de l'ordinaire. » li ,,end aussi « de la bière q11'il introduit en fraude à l'octroi. > ,Jean Letrême ne devrait pas s'indigner pour semblables peccadilles. S'il eût vécu quelques années de plus au régiment, peut-être eût-il appris par expérience que les fournisseurs militaires empoisonnent pai-fois les hommes. - Encore en est-il sans doute qui ont le culte, le respect au moins de cet honneur dont la tradition est, nous dit-on, héréditaire, dont le nom se détache en majuscule!, énormes sur les ca,·touclws qui décorent les salles d'armes et q~e Jean Letrême troul"e inscrit sur les glaces des salons de ~larius? Pauvre Letrème ! Encore une illusion qui s'enrnle ! « Un soir de l'ioël le marchi-chef du Jcr escadron avec deux sous-officiers de la trésorerie a arraché à la porte d'une maison un drapeau. Ils l'ont emporté au buffet de la gare où ils ont festoyé, réveillonné, chahuté, hurlé, et là, devant des civils et dernnt d'autres chasseurs, leurs inférieurs, ils ont lacéré lt: drapeau, ils ont piétiné dessus, puis ils s'en sont fait des dragonnes qu'ils ont mises à leurs poignées de sabre et des rubans qu'ils ont attachés à leurs pattes d'épaules. Comme un cantinier pré,ent à cette séance, leur faisait une modeste obser,•ation dans leur intérêt mème, ils ont failli lui faire un mauvais parti. -. Où diable aussi la rnrtu ,·a-t-elle se nicher? "Le lendemain les civils se M,nt plaints, on a su !"histoire par toute la ville, personne n'a été puni parce qu'il aurait fallu punir le marchef trop bien apparenté. » Ah! ça I mais on est en droit de se demander de quelle espèce ~ont les soldats qu'on envoie à Biribi? Et l'on s'indigne ensuite contre les chroniqueurs anarchistes qui, par esprit <le cosmopolitisme, se moquent du torchon tricolore (le mot n'est pas de nous ni de l'auteur d'Etève-Martyr) qui a fait le tour du monde sans doute, mais dans le sang des peuples! - Les petits valent-il. mieux 'lue les

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