REVCE DES LIYRES de la discipline •· il triomphe sans peine de toute la lassitude et de tout dégoùt, lit et relit « la narration passionnante des grandes batailles de l'Empire», l'épopée surhumaine de ces c brutes de g-uerres > qui s'appelaient Xey, ~!asséna et ~lurat. Etre officier, c'est-à-dire« arnir charge d'àmes, première place au danger >, être le plus fort, le plus sarnnt, le plus bral"e et le meilleur de sa troupe», obtenir alors, nprès l'arnir bien méritée, sa fiancée. tel est son seul désir. ~Ille de la .\lniric meu,·t. Jean Letrème touche à une de ces périodes de la vie où l'on est poussé. malgré qu'on en ait, à se juger soi-même et à juger tout autour de soi. L'illusion dont l'amour entretenait l'enchantement dans l'imagination de Jean Letrême, va se dissiper au 1·ent du malheur. Ambition, fierté, appétits de g-loires sont tués en lui par la mort de celle qu'il aimait. Tout d'abord il ne pense qu'à quitter le régiment. « li calcule les mois, il compte les semaines, il raye les jours sur son calendrier de poche, tout comme un petit conscrit pressé de retourner à son 1·illagP, à sa promise, mai, sans joie, a1ec l'impatience du dégoût pour ce monde abrutissant de soldats». La douleur a bientrit fait son œuvre. Jean Letréme mit mai11tenant la réalité clans toute sa laideur, - car elle est laide, bien que l'auteur e,timc que son héros exagère comme tous ceux qui souffrent. - et le deuil qu'il porte de sa fiancée morte est aussi le deuil de son rêl"e. impossiule en un milieu pareil, d'hérohmc éYanoui. Tonte médaille a son rercrs. :-iotre héros arait-il même bien vu la face do la médaille? L'exaltation romanesque et l'amour ne la lui voilaient-ils pas? Si, dans sa manière de mir, le malheur le porte à « généraliser des faits qu'on ne peut nier, les mille vices, les innombrables vices qui pourrissent toutes les at1lres institutions civiles et religieuses >, parlements, tribunaux, églises aussi bien que casernes, - la confession désespérée de Jean Letrême est d'autant plus précieuse que la foi fut plus sincère. Sous quel aspect apparait clone la réalité, maintenant que s'est écroulé le décor <lu rê1·e·/ Elle est l;ien plate. ~lais c'est peu ; elle est bien sale. Le métier·? Tout y est« convention, routine, mesquinerie, erreur». La gue,·rc? « (:ne formalité comme une autre, réglée cl'al;ord par les hommes, mieu,c réglée ensuite et corrigée par les soins du hasa,·d, qui •e fait aussi platen,ent 11ucn'importe quoi ». Les sr\vérités de la clis<'ipline '? de la dureté; les exigences du serl'ice; de l'injustice? la t,ie111·eillance·?un passe-droit, « A quoi bon tant d'efforts, de patience. de soumission. d'études, d'exercices, de peines, pour n'arrirnr à rien! » Le lieutenant Pichard faisant de son ,·ôté, aprês la mort de sa sœur, un retour sur son existence passée, constatait aussi l'inutilité complète de ses années de caserne. Un tel aveu n'a pas lieu de suprendre. li est en termes exprè.; dans Alfred de \'ii;ny. !\lais continuons à recueillir ces confidences d'une Îl.m<à\ qui la souffrance a dessillé la vue. Autrefois Je,rn Letrème devait être plein d'indulgence pour les mœurs de la soldatesque; le croyant trouve toujours des excu,es à l'aveuglement de son dieu. Aujourd'hui il enregi.tre ces faits: « Le capitaine commandant du 6• escadron, blessé pendant la dernière guerre. a été forcé d'épouser la jeune fille qui le soignait dans un château où on avait établi une ambulance, parce qu'il l'arnit mise à mal, et cela a été très heureux pour lui, la demoiselle étant riche héritière. Depuis elle a pour amants tous les officiers qu'elle rer;oit, le mari n'en ignore pas, et ils
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