l ')') -- LA REVUE SOCIALISTE :',ous méprenons-nous sur la pensée 1·éritable de l'auteur? Il nous a paru qu·oo pourrait dil'iser le lil're en deux parties bien distinct~s. La première parlie: l'illusion; la seconde serait intitulée: la Réalité. Le héros, Jean Letrëme, ne ressemble pas à la plupart de ses pareils qui, dès le collège rèl'entdc panache et de bonnes fortunes. li n'est pas entré au régiment par amour du galon et dans l'espoir de conquêtes faciles auprès de femmes pour qui le soldat possède, sans doute de par la l'ertu de l'habit, un irrésistible attrait. De bonne heure sa passion dominante a été l"hérolsme. Sensible, volontaire, sérieux dès quinze ans, dédaigneux des joies grossières, des distractions communes, des gaietés banales, rêreur et timide, en même temps « assommé d'inaction », « il était di>jà martyrisé par le besoin de n'être pas tout le monde». l'o jour il s'éprend « des pages de la grande histoire », et, quand le livre de Carly!~ sur le Culte des Héros lui tombe sous la main, il croit s'expliquer la destinée qui doit être la sienne. Il con,oit " un type idéal et chimérique de héros • sans cloute incarné par lui dans la personne de quelque homme de génie du siècle», et il lui tarde « d'imiter son modèle, toutefois en faisant autre chose que lui.» - « Lorsque pendant les récréations il se promenait seul au milieu de tous les jeux sans y prêter aucune attention, on disait ironiquement, sou,·enir d'une gra1•ure pendue au mur du parloir: Bonaparte à Llrienne ! Lui souriait, sans répondre." Au manège du quartier de carnlerie où il montait à cheval, il éprouvait un frisson d'aise et se sentait poussé par il ne samit quel charme vers un métier « dont il ne pouvait apercevoir les dessous. » li rêve alors « d'être un poète et un soldat. quelque Alfred de \'igny qui continuerait à serrir tout en faisant de beaux vers.» Son oncle lui défend de tenter la carrière des armes et l'arcnture des lettres. Son amour pour Mlle de La Mairie change un temps le cours de ses idées. li acquiert« la bonté du cœur sans laquelle il n'y a de héi-os d"aucune so1'le ». Lui qui a rèl'é d'être un grand homme donnerait aujourd'hui toutes les victoires et tous les poèmes pour aimer, aimer toujours. « 11oubliait ces jalousies d'un coin terre, ces artifices de la conscience produits d'une morale in1·entée, qui s'appelaient devoir et honneur. » Cependant après un an , de libres méditations et de \'Îe au grand air ,, la carrière des armes reste c conforme à ses goùts ». Sans cloute il s'est dit que le frère de la jeune fille, le lieutenant Pichard, c ne donnerait pas sa sœur à un notaire, pas davantage à un avocat débutant. à un médecin sans renom ou à un fonctionnaire sans fortune personnelle.> )lais, quoique l'enthousiasme de la première heure ait faibli, quoique le sens de la vie véritalile ait fait vibrer en lui de nouvelles émotions, il aime toujours le métier des armes. Si dans l'hallucination qui s11it l'arrestation du déserteur dont lui parle son oncle et qu'il juge sévèr~menl par besoin de se mettre en colère il s'imagine ,·oir le spectre de ce qu'il sera plus tard, il comprend les obligations du soldat. li entre au régiment du lieutenant Picbard de la ;\1airie, et, malgré les ennemis, les humiliations, les épreuves des premiers jours, il accomplit consciencieusement sa tâche. Devenu brigadier, il trouve c une raison aux choses dont il a souffert >, saisit ce qu'est l'esprit militaire, est fier d'être un des servants de l'obéissance passire. Sincèrement convaincu c rie la beauté de ce que d'autres appelent bêtement le c.iporalisme >, admirateur sans réserve c de la logique
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