La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

RE-VUE DES LIVRES 121 désordonnées, inséparable des grands mouvements sociaux. :'\ous tral"crsons en effet une période de gestation difficile. L'humanité en mal d'enfantement s'agite et ses soupirs douloureux ont quelque chose de formidable, comme le travail souterrain de l'océan, quand des mondes nouYeaux sont prêts d'émerger à la crMe des flots. Par instant l\l. B.-L. est l"iolemment apeuré du grondement qu'il entend autour de lui. :\lais en sr,mm~ il reconnait le bien fondé de la plupart de, revendications sociales contemporaines, et son livre est un signe des temps. li montre à quel point l'idée de justice arrivée à son heure, s'impose, irrésistible, aux milieux même les plus réfractaires à son aYènement. Quand il en est ainsi, c'est que son triomphe est proche. Fi,,t voluntas sua! Gustarn RoUA1\ET Le monde milita.ire. Eleve-Marty,·, par l\lareel Lugnet, 1 YOI. - Prix: 3 fr. 50, chez Savine. Dans une précédente étude, nous citions cette réflexion de :\!me de Stael: « Ce qui manque à notl'e siè.:I~, c'est le respect. » :'fous constations que la remarque était encore plus Haie de nos jours qu'il y a einquante ou soixante a11s. De ce moude qui fut édifié, il y a un siècle à !JCiae, sur les ruines <le l'ancien régime et qui croule déjà sous le poids de ses iniquités, il est un souverain, le soldat, que les foules adorent encore, mais dont le prestige n'éblouit plus tous ceux qui l'ont approché ou serYi. Les maitres même de la pensée contemporaine sont parfois complices cles écrivains qui arrachent le Yoile <lont se pare l'iclole et mettent à nu les plaies qui la rongent. Il y a ùans les sournnirs d'Ernest Renan telle phrase qui pourrait senir d'épigraphe aux romans <le mœurs militaires parus dans ces dernières années. Le philosophe est plus retenu <lans la forme, mais il est aussi affirmatif que le romancier le plus hardi. De Vigny arnit commencé l'œuYre de critique devant laquelle le Dieu des armées ne trouve point grâce. Son livre est pénétré d'une tristesse Yoisine du dégoût. Abel Herman!, Lucien Descaves, Georges Darien, etc., ne sont plus soucieux, comme de Vigny l'est encore, de ne pas dépoétiser tout à fait les compagnons de la moderne Lég-ion thébaine. Au pamphletprofon<l de Marx Nardau, ils ajoutent un chapitre énergique qu'on pourrait intituler: Le mensonge conventionnel du militarisme, Pt que l'auteur allemand n'a pas osé écrire dans la patrie du militarisme à outrance. Nous nous proposons <le publier une étu<le d'ensemble sur le roman de mœurs militaires depuis Alfred De \'igny jusqu'à nos jours et <l'en dégager la philosophie sociale qu'il contient. Nous voudrions détacher de cette étude quelques pages destinées à montrer qué les moins radicaux ou les moins violents de nos jeunes 1'omanciers ne paraissent pas moins désabusés et dissimulent mal en tous cas la blessure dont ils ont souffert. Nous avons été amené en prenant des notes sur cette partie de notre littérature contemporaine, à lire un roman de i\I. Marcel Lugnet: EleveMartyr. Du point de 1·ue oil nous nous étions placé en entreprenant une étude <lu roman de mœurs militaires considéré dans sa signification sociale, Elève-Marty,· a fixé notre attention.

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