La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

120 LA REVUE SOCIALISTE « singulièrement. Que le propriétaire de nos jours préfère rester ce qu'il « est, cela se coo~oit à merveille et que. d'aut,·e part, l'ouv,·ier qui n'a « 'rien, considère la propriété collecti,·e comme une amélioration très réelle, « ce n'est point douteux ... » li semble, après cela, qu'il ne restait guère à M. ll.-L. qu'à conclure avec nous à l'appropriation collectil'C des instruments de travail, car, il connait que cette appropriation seule permettra à l'ounier de toucher le produit intégral de son labeur, de quel droit la société dénierait-elle aux socialistes cle poursuil're la réalisation de cet idéal, conforme à l'équité? 1\1. B.-L. s'arrête à mi-route et conclut: A la participation aux bénéfices, à l'extension des sociétés de consommation et de production, à ! 'organisation du crédit, accordé par l'Etat aux associations de production et au paysan. La participation aux béné.fices repose malheureusement sur deux aléas ou cieux conditions arbitraires qu'on ne saurait supprimer avec la meilleure \'Olonté du monde. La première est la base mème de la participation. Comment l'établir? li serait t,:op long d'analyser ici les « bénéfices » ou le « profit » du capitaliste .. \lais le salariat restant à la base de la participation, la question du salaire suffisant, encore moins celle du salaire équitable n'est pas résolu par la participation. Enfin la participation n'est possible que là où elle donne des profits. Car elle ne supprime pas les sources mème de la misère, c'est-à-dire la concurrence et l'anarchie économique, que 11. B.-L. a reconnu, au début, l'origine principale des misères sociales. Elle ne réorganise pas l'industrie. Elle peut donc, comme la charité, comme tout acte de bonté individuelle, améliorer la conditioa de certaines personnes, elle ne saurait jamais del'enir la règle d'un mode de production nouveau. Les s<>ciétésoul'rières de production, commanditées par l'Etat, chargées par les Communes de tous les travaux d'utilité publiques. d'assurer le fonctionnement des serl'ices publics, pourraient, en se dél'cloppant, englubcr peu à peu la classe ouniè,•e tout entière et aider puissamment à l'évolution pacifique de notre époque. Mais ce serait à la condition de se substituer progressil'ement à la production c.ipitaliste contemporaine, et i\l. B.-L. n'a pas prévu, ~n les recommandant, qu'il aboutit ainsi à l'appropriation collecti1·e progressive des instruments de travail. C'était, d'ailleurs dans ce but que Louis Blanc en 1848, Lassalle en 1860, les ont préconisées, le premier en France, le second en Allemagne. La prop,·iété collecti,·e serait au bout de l'organisation de la classe ouvrière en associations commanditées par l'Etat. La troisième solution <leM. B.-L. le crédit à l'agriculteur rendrait peut-être des services particuliers aux paysans, mais il ne les mettrait pas à même d'acheter la terre qu'tls ne possèdent pas. Car le paysan ne possède pas la terre. (\'oir plus haut, à la Revue des Revues, les chiffres que nous empruntons à ?IL Fernand Maurice, sur la répartition du sol français); et la petite propr-iété, mème libérée des charges hypothécaires qui pésent actuellement sur elle serait incapable de soutenir la lutte contre la grande, appelée à l'absorber tôt ou tard. Tel est ce livre, qu'on lit avec plaisir, même lorsque l'auteur, troublé par les bruits tumultueux de la rue, s'affole un peu de ces agitation&

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