118 LA REVUE SOCIALISTE Les rérnlutionnaires qui croient à la possibilité de transformer une société donnée par la seule énergie d'une minorité se leurrent. 1789 qu'tls invoquent rnlontiers rn directement à l'encontre de leur thèse. En apparence, les m;,neurs du grand mouvement révolutionnaire ont semblé quelquefois pousser la France violemment dans une voie où la majorité redoutait de s'engager. Pure apparence I Les révolutions ne sont jamais l'œuvre de quelques-uns m:lis de la socitété tout entière. Les chefs du mouvement paraissent agir de leur initiatil'e seule. Regardez au fond, et vous verre;,; quïls sont l'expression des besoins et des tendances de tous. Donc, quand la minorité capitaliste sc,·a acculée à la nécessité d'accepter, rnlontairement ou non, les améliorations des programmes socialistes, c'est que ce jour-là, la société mùrc pou,· une transformation, désir~ra ardemment accomplir l'œul'l"e de rénol'ation qui n'est aujourd'hui que l'idéal de quelques-uns et qui sera alors l'idéal de tous. Mais de ce fait, l'axe de la légalité sera déplacé; et je ne comprends pas que 1\1. B.-L. subordonne au bon vouloir des possesseurs actuels la réalisation de desiderata socialistes le jour où ils seront l'expression des vœux de la majorité. J'insiste sur ce point, parce que i\l. B.-L., confondant la société arnc une minorité de privilégiés, semble désirer au corps social le droit de modifier les bases de son organisation. Or, une telle conception du droit serait la négation m&mcdes principes au nom desquels s'est faite la Révolution francaise dont il se recommande. Que M. B.-L. me permetta de lui rappeler les principes qui ont présidé à l'œuv,·e révolutionnaire; ils sont developpés tout au long dans lepamphlet de Siéyès: Q1t'est-cequele Tiers-Etat? Je cite:« La nation existe « avant tout. Sa l'Olonté est toujours légale; elle est la loi elle-mêma ... « La nation est tout ce qu'elle peut être par cela seul qu'elle est ... Le- « gouvernement n'exerce un pouvoir réel qu'autant qu'il est constitu- < tionnel; il n'est légal, qu'autant qu'il est fidèle aux lois qui lui ont été « imposées. La \'Olonté nationa!e, au contraire, n'a besoin que de sa réalité « pour être toujours légale, elle est l'origine de toute légalité ... De quel- « que manière qu'une nation veuille, il suffit qu'elle ,·euille, toutes les « formes sont bonnes et sa volonté est la Joi suprême ... Il suffit que sa « rnlonté paraisse pour que tout droit positif cesse devant elle, comme « dernnt la source et le maitre suprême cle tout drott positif. » C'est en vertu de ce droit suprême, buriné en traits immortels dans le livre cle Siéyès, que le Tiers-Etat, de rien, devint tout; que la Rholution française accomplit son œuvre. Les privilégiés appelèrent cette œuvre une spoliation. l\I. B.-L. n'en reconnait pas moins la légalité. Au nom de quels principes notre auteur dénierait-il à la souveraineté nationale de complétet• l'œuvre de la Rérnlution. en organi3ant un nouveau mode de propriété qui sauvegarde désormais la liberté effective du travail, en faisant de tous les co-propriétaires des instmments de travail?« Les pri1·ilégiés n'y consentiront pas, dit-il, donc la révolution violente ne peut être évitée. » Les pri- ,·ilégiés seront les insurgés de la légalité future, voilà tout. Et :\J. B.-L,, s'il est conséquent avec son respect pour les principes de la H.évolution, devrait souscrire par avance à la légalité socialiste ... Il n'est pas seulement permis, lui répondrons-nous, d'espérer une solution pacifique; il est encore du devoir de chacun de nouS' de s'efforcer-
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