La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

REYUE DÈS LIVRES 117 « bien là, dit-il, le spectacle qui agit sur les âmes, quand au bout de quel- " ques années, les millions arrivent au capitaliste, pendant que le tral'ail- « leur reste dans la misère; et c·est bien là ce qui sème la haine dans le " crrur du prolétaire et qui donnant la main à un autre fléau, la spécula- « tion. prépare la guerre des classes. » Ce sont là, assurément, des constatations audacieuses, et, dit :\I .'B.-L .. ~i « les conservateurs du jour « s'en épournntent ou s'il leur prenait en\'Îe de me reproche,· un pareil « al'eu, je leur dirai que je ne suis pas de ceux qui espèrent écarter les « questions sociales en les niant, mais de ceux qui pensent que le meilleur « moyen d'é1·itcr leurs dangers est de reconnaitre ce qu'elles portent en « elles de vrai et de faire droit à ce qu'elles contiennent de juste . .,, Après al'oir ainsi posé le problème dans ses termes les plus redoutables, le sénateur du Tarn se demande si les solutions socialistes qui agitent à cette heure l'opinion so11t de nature à porter remède aux maux qu'elles dénoncent, sans blesser les lois de l'équité. lei, malheureusement, !'écrivain qui s'était montré l'analyste perspicace que nous a\'Ons ,·u, se laisse troubler par les incidents de la rue aux,,uels ragitation socialiste donne lieu et par les \'Îolences de langage, sou\'ent regrettables, auxquelles se sont livrés certains auteurs socialistes. Au lieu donc de considérer les solutions en soi, c'est-à-dire abstraction faite des moyens de réali- "ation, indépendants le plus soul'cnt des buts poursuivis, c'est sur ces moyens, sur ces l'iolences d'expression, qui ne so11tque les excentricités de forme habituelles aux promoteur, de nou,·eautés hardies, que s'arrête longuement :\1. 8.-L. Que l'effet produit sur cet esprit sympathique par les exagérations déclamatoires nous serrn au moins de leçons ! Puisse·t-il nous démontrer combien sont nuisibles au dé,·eloppcment de nos idées les violences inutiles, et à nous en garder à l'a\'enir dans l'exposition de nos doctrines, qu'elles affaiblissent toujours et ne consolident jamais. Ainsi :\l. 8.-L. s'indigne qu·en présence des maux qui accablent la gén~ration souffrante du XIX• siècle, certains écrivains présentent comme seul remède possible un bouleversement préalable qui porterait d'abord le fer et le feu dans la ci\'ilisation actuelle, en attendant que sur les débris fumants de la sodété en ruine, s'élèrn la société idéale de l'avenir. « Si l'humanité, observe-t-il trèi justement, pour réaliser ses destinées pro- « gressil'es. en est encore aux procédés saU\·ages. ,a prétendue civilisation « ne lui a vraiment pas servi à grand'chose; et je demande, que l'on me « permette d'espérer au moins la possibilité d'une méthode plus « humaine. > Au reste, quand je dis qu'il appartient à la société ac!uelle de décider du caractère pacifique ou révolutionnaire de la transformation préconisée par les socialistes, je me trompe; je devrais dire que c'est la minorité capitaliste, maitresse avec ses pri\'ilèges sociaux do toutes les avenues du pouvoir, qui pourra surtout, mieux encore que nos propres efforts, en faisant à temps le sacrifice de ces pri,·ilèges, ménager l'ère de transition et pré\'enir les catastrophes de la lutte sociale dont la perspecti,·e effraye M. 13.-L. Quant à la société proprement dite, c'est-à-dire l'universalité des citoyens qui composentla nation, 011ne saurait songer un seul instant à lui imposer par la force telle transformation qu'elle repousserait. Jamais les minorités n'ont, à proprement parler, révolutionné une civilisation.

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