La Revue socialiste - 1893 - Tome XVII - vol 01

10 LA REVUE SOCIALISTE De la publication des _lfartyrs ridiculesàcelle duB011sm.9sié il s'écoula près de cinq ans. Pendant ce temps Cladel devenu journaliste, batailla contre l'Empire dans le Nctin Jaune sous le pseudonyme de Pierre Patient (1). C'est en 1869 que parut le second volume de Clade!, ce tendre et doux roman de Bouscassié. C'est le premier livre de Cladel qu'il m'a été donné de lire - il y a de cela dix ans. Et je me souviens qu'il m'a arraché des larmes. un soir clansmon étroite chambrette de petit employé à la Chapelle, et que dès lors naquit mon respectueux amour pour le cher et regretté l\laître. Yons souvient-il de ces pages si touchantes qui terminent l'idylle du rude et naïf bûcheron Guillaume de la Crête des Chênes et de Janille sa mie tant chérie. Alor:J que Guillaume navré au songer du prochain départ pour l'armée - quitter le pays, quitter sa mignonne! ah! c'est là un sort bien triste! - s'en vient se réfugier sons les arbres, se blottir au sein de sa mère la Forêt - ah! dites s'il existe en notre littérature quelque chose de plus vraiment beau, de plus vraiment humain! En 186!l,le Gonslitution11el publiait la Fête i•o!Îl'f' d;,suint Bai·- tlwlomée po1·te glafre. Dans un article paru le 5 novembre de cette même année dans l' Cnivl'rs, Louis Veuillot attaqua la philosophie de l'œuvre - tout en rendant hommage au rare mérite de !'écrivain. « On ne peut nier disait-il que cela est vu d'œil d'observateur et fait comme disait La Bruyère « de main d'ouvrier », après avoir cité un passage it propos duquel il avouait quo ::\LDuri1y a décoré beaucoup de gens de lettres qui n'écriront jamais une pareille page. Mais Veuillot accusait Cladel d'avoir tracé un portrait inexact du paysan, et partait de là pour anathématiser tous les libres-penseurs. A cela Clade! devait riposter vaillamment par les lignes que voici: « Haine à l'oppresseur ! Amour à l'opprimé ! » 'fel est le cri qui sort aujourd'hui de toutes les poitrines; il est inscrit au frontispice de tous les livres nouveaux et la presse le répand chaque jour aux quatre coins du monde. Egalité ! Liberté ! Fraternité ! Yoilà la clameur universelle: elle ébranle l'un et l'autre continent. Ici, là, partout, un même vœu d'affranchissement se formule, un même espoir de délivrance apparaît, un même amour de {l) Piu-,·e Patient est le titre d'nn roman politique paru dans l'Europe de Francfort

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