La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

9-1 LA REVUE SOCIALISTE et Mlle Marie Laurent la joue admirablement ; mais dame quand on est naturaliste il faut I'ètre dans tous les actes, et non pas dans les premiers seulement. Sauf les causes un peu obscures, qui provoquent le meurtre du mari, le premier et le second acte sont faits de mains de maitres. Tous les personnages sont biens posés, se meuvent dans le milieu qui leur convient et disent ce qu'ils doivent dire. Ces deux actes s'ouvrent sur une petite scène bourgeoise. On joue aux cartes autour d'une table très simple. Au deuxième acte, même jeu, même décor, mais, les femmes sont en noir, une place est vide à la table familiale. Le meurtre est accompli. Ceci est du plus grand et du plus puissant effet. Telle aussi restera frappée au bon coin, cette autre scène où la mère du mort voyant dépérir la jeune femme l'engage elle-mème à épouser le meurtrier. Un frisson à couru à travers la salle justement parce que la logiqu-e de la situation, entrainait ce mariage. Les violences de la nuit de noce, les suicides de la fin, s'expliquent beaucoup moins; c'est du mélo sur sang, n'en déplaise au roi du naturalisme. Le remords dans la vie n'étouffe pas tant que cela, les criminels. Le noyé leur aurait peut-ètre donné le cauchemard et encore 1 et la vie aurait continué terne et insipide pour les deux amants, dont l'amour aurait fini par sombrer, dans un mauvais souvenir. Quand un mari assassine son rival par jalousie, il n'en meurt pas mais il vit mal avec sa femme ordinairement. Thérèse Raquin est une sceur d'Hedda Gablee (première partie) on trouve dans cette ceuvre quelques ressemblances de situation mais seulement de situation, et non de tendances, avec Rosmershalm du mème Ibsen. Thérèse Raquin et son amant sont des forces naturelles -qui brisent les obstacles; Je tort de l'auteur peut-être, est d'avoir mis ces forces au service du drame ordinaire de l'adultère,et d'avoir donné par conséquent des remords aux coupables. La nature n'est pas coupable de suivre sa ligne ni la bète féroce de dévorer la proie. De deux choses l'une: Ou Thérèse est la fille banale de bons bourgeois, que son éducation mal dirigée, prédispose à toutes les petites lâchetés de l'adultère. Dans ce cas, elle trompera paisiblement son mari et ne le tuera pas. Ou elle est une force inconsciente, poussée par l'amant, qui brise tous les obstacles ; et elle ne connaît pas Je remords puisqu'elle ne voit plus Je crime. C'est ce qu'a bien compris Ibsen dans Ro111ersbal111; ses amants ne tuent pas la femme légitime, mais l'amante lui suggère de mourir, ce qui est une façon de tuer très raffinée. Chez ces derniers amants, les remords sont à peine indiqués parce qu'on se repent peu d'une fatalité qui est la conséquence d'un ordre social mal établi. JI se résolvent pourtant à quitter la vie, de plein gré, sans convulsions bestiales, et la main dans la main; parce qu'ils veulent garder intact leur trésor d'amour, et que cet amant, ils le sentent bien, sera éternellement assombri par Je souvenir de la femme qui est_morte P'?ur

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