La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

ÉCHOS DRAMATIQUES 93 coulante en apparence, dans ce milieu de petites mercières et de petits employés. Mais l'orage gronde au fond des cœurs; la nature ignorante des conventions sociales pousse Thérèse dans les bras d'un homme robuste ; et cette femme sous l'empire de ses ardentes amours, se débat éperdue au milieu des liens misérables qui l'attachent à la vie conjugale. L'idée du crime surgit : l'amaPt et la maîtresse suppriment le mari, dans une partie de canot; comme souvent, dans les sérails, les femmes tuent l'eunuque qui les opprime, comme la bête, martyrisée par un enfant méchant, l'écrase en un jour de fureur. Le temps passe,sollicitée par la mère du mort elle-même (ce qui est une trouvaille). Thérèse épouse son complice. Ou plutôt ils épousent tous deux la misérable créature, qu'ils ont cru faire disparaitre à tout jamais. Le mort vient prendre sa part de la nuit de noces, évoqué par l'esprit affolé des meurtriers ; son portrait ·1es épouvante. lis clament leur crime, et le jettent à la face de cette image passive, qui va pourtant les livrer. Car la mère a tout entendu. Terrifiée, elle tombe paralysée; mais son œil brillant, lance des éclairs, et annonce que la vie intellectuelle survit à la mort des membres. Elle assiste, morte-vivante à l'agonie des deux misérables, qui n'ont pas assez de force morale pour triompher de leurs remords ; remords qui seraient bien adoucis s'ils rejetaient sur la 111ère la part légitime qui lui revient dans le drame pour avoir accompli le premier manage et le second! Pour finir, empoisonnement des deux complices avec forces contorsions, sous les yeux ravis de la mercière féroce, et c'est tout. La simplicité de la mise en scène est une heureuse innovation, d'autant plus qu'elle s'accorde avec la situation des personnages ; cette simpUcité forme un contraste frappant avec Je terrible drame qui bouleverse les âmes, l'esprit du spectateur n'est point distrait par les yeux. Mais c'est justement parce que Zola nous livre tout vifs aux bêtes (les passions déchainées de ses héro::.) que nous voulons les pénétrer pleinement, nous en repaître. Or, la lutte passionnelle dont nous voyons les effets n'est pas en harmonie avec ce nous savons des personnages; beaucoup de faits demeurent inexpliqués, à commencer par le meurtre du mari ; les amants ne paraissent pas avoir cette excessive délicatesse qui les ferait souffrir de sa présence. Du moins, ces raffinements demeurent cachés au fond de leur conscience. Leurs remords mêmes, qui les livrent sans coup férir, sont exagérés ; surtout en face de cette mère, dont la stupidité a amené le drame. Cette vérité si simple, à lui jeter pour leur défense, ils la négligent. li est encore difficile de comprendre la scène du portrait attendu qu'en général, on ne fait assister le premier mari à la nuit de noces du second; même en peinture. Or, si nous supprimons le portrait qui ne devrait pas être où il est, la grande scène de la paralytique et des yeux magnétiques, n'existeraient plus, ce qui serait vraiment malheureux, car cette scène est superbe,

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