La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE NOUVEAU i\IYSTICIS:\IE 7 s'agitant encore sous ses ruines, avec tous les fossiles de l'absolutisme; devant eux; l'œuvre d'un immense horizon, les premières clartés de l'avenir; et entre ces deux mondes quelque chose de semblable à l'Océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur, le siècle présent, en un mot, qui sépare le passé de l'avenir, qui n'est ni l'un ni l'autre. et qui ressemble à tous les deux à la fois, et où l'on ne sait, à chaque pas que l'on.fait, si l'on marche sur une semence ou sur un débris. » Alors apparait ce qu'on a appelé la ·maladie du siècle, un dégoùt, une inquiétude semblable à celle qui agita les hommes, il y a dix-huit siècles, au moment où s'écroulait le bas-empire romain, quand la révolution chrétienne ne faisait que commencer. Du passé, malgré de mélancoliques regrets, on n'en veut plus. Tout effort pour le rétablir provoque, chez la plupart, des cris Je révolte. Aussi bien la foi des adorateurs des vieux autels n'est-elle pas bien profonde et leur reliogiosité factice cache-t-elle mal la plaie. Le présent mécontente. On aspire douloureusement vers un avenir de bonheur et d'amour qu'on n'entrevoit que vaguement comme dans un rêve. Alors, dans leur désespoir, << les uns déclarent la guerre à cette société qu'ils détestent ou la violentent pour en devenir les maitres, les autres se laissent emporter dans le tourbillon des satisfactions sensuelles, les plus nombreux, énervés, malades. sans énergie, se nourrissent de leur supplice. » (TAINE). Les penseurs étrangers qui, assistant à cet écroulement d'un monde, avaient. par avance, ressenti toutes les angoisses qui allaient bientôt remplir l'univers, Burns, Shalley, Byron, Coleridge, Gœthe, Schiller, Foscolo, Monti, etc., exprimaient dtjà cet état de révolte niveleuse et d'anarchie intellectuelle et morale, qui bafoue parfois toutes les croyances, toutes les aspirations, et qui va revivre dans notre littérature, assombrie même jusqu'au délire de Mathurin et d'Hoffmann. jusqu'à la folie de Musans. Même pessimisme railleur, insurgé, attendri, seulement moins actif. Même compàtissance sur l'homme, parfois sur l'humanité. Mais de ce dernier point de vue, l'amertume est moins vaste, parce qu'on parait ne pas être encore descendu jusque dans les derniers cercles de l'enfer social. Même recherche des problèmes obscurs et troublants qui déconcertent la connaissance. Mêmes tendances religieuses, même besoin moral de chercher quelque part un appui. Dites,.moi, s'écrie Michelet, où s'est-il élevé un nouvel autel? Mais de nos jours l'esprit scientifique a modifié la nature de l'effusion sentimentale. D'autre part la pitié et le sentiment de la justice ont grandi. Notre littérature porte alors<< le signe de deux destinées, d'un monde qui s'est englouti et d'un monde qui ne surgit pas encore. » (Pierre Leroux). Mais, après être montés•jusqu'à la région des nuages, on croit qu'il n'y a pas de route parce qu'on n'en a pas trouvé. Les uns

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