La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

6 LA REVUE SOCIALISTE dances mystiques, aux mêmes désirs de revenir aux anciennes. croyances, si fortement atteintes par le rire de Voltaire et la tourmente de 93. ~1elques-uns ont été animés du même amour du mal, avec moins de cynisme peut-être, mais avec plus de souffrance. Si l'on a été pénétré d'un moins vaste sentiment de pitié pour la détresse universelle, on a eu une impression singulièrement vive et sincère de la misère individuelle, qui se traduit par << le sanglot désespéré du désir impuissant. » (G. SAND.- Lelia). Le XVIl1°siècle a fortement ébranlé l'ancien régime. La Révolution balaye ce qu'elle peut du vieux monde, entreprend une réorganisation politique et sociale. La guerre étrangère, la guerre civile, les. divisions intestines qui dévorent les partis, les égoïsmes en lutte ne permettent pas d'accomplir la tâche. La Bourgeoisie fait banqueroute à la mission qu'elle s'est imposée de fonder la Société nouvelle sur les bases du droit et de la justice. Mission délicate, dont la révolution industrielle et économique augmente la difficulté. Dans l'énervement moral du Directoire, on oublie la tradition de 89 et de 92. Les quelques rares survivants des grands hommes de cette époque soni impitoyablement sacrifiés. Le despotisme militaire du premier Empire arrête encore la réorganisation pqlitique et sociale. li plie la France à un régime qu'elle accepte, parce que la victoire l'enivre. Il épouvante au dehors bien des couronnes, éveille chez les peuples de l'Europe les idées d'indépendance, mais en France opprime la pensée. Dans cette littérature de convention, écho du byzantisme le plus plat, parmi tant d'écrivains, Delille, Fontanes, Castel, Esménard, Aimé Martin, Luce de Lancival, Parseval de Grandmaison, Campenon, Baour Lormian, Jouy, Raynouard, Ducis, Ecouchard Lebrun, Picard, Collin d'Harleville, Andrieux, Duval, Etienne, Lemercier (j'en passe, et des pires !), Beaumarchais, Diderot. Rousseau, Voltaire, ne trouvent pas un successeur. M. J. Chénier est à peu près le seul qui ose dénoncer les abus du pouvoir absolu. Encore son 1ïbère ne fut-il joué qu'après sa mort. La résistance des idéologues est à peu près sans effet ; celle de De Bonald, De Maistre, Châteaubriand, Mm•de Staël, trop favorable à une réaction. L'art et la science semblent aussi disciplinés dans quelques-uns de leurs plus illustres représentants. Le Tiers, satisfait, avait, disons-nous, abdiqué son rôle de rédempteur du monde. La chute de cet empire, qui avait comme étourdi la France, par l'éclat de ses victoires, amène un terrible réveil. Maintenant que la catastrophe a plongé dans un repos forcé, on peut compter ses blessures. De tant d'efforts, de tant de maux, de tant de grandeur et de tant de gloire, que reste-t-il? Où est la terre promise à la conquête de laquelle on était parti à travers les ruines? Alfred de Musset, dans sa Co11fessiond'un enfant du siècle, caractérise très bien l'état des. esprits à cette époque : << Trois éléments partageaient alors la vie qui s'offrait aux jeunes gens : derrière eux, un passé à jamais détruit,

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