La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

LE PRIVILÈGE DE LA BANQUE DE FRANCE 75 sont rédigées les chartes de concession ne le rendait dangereux pour notl'C démocratie. En effet, de par les lois d'égalité de la Révolution, et grâce au génie propre de notre race, il n'y a pas de fortune de milliardaire qui ne soit comme perdue dans la masse énorme <le richess11répandue dans notrn pays. (Très bien 1 três bien ! à gauche). Je ne crain1lrais donc pas la ploutocratie en France, si vous n.e l'organisiez pas. Mais que faites-vous'! Les chemins de fet· sont un merveilleux outil national qui a coùté 14 ou 15 milliards, on les a pris dans la masse de l'épargne disséminée, et cependant, qui est-ce qui gouverne l'emploi de ces 15 milliards? (Três bien ! três bien 1 sur les mêmes bancs). Je ne parle pas des trois milliards et demi <le subvention des contribuables, lesquels n'ont pas voix au chapitre; des huit ou neuf milliards provenant des emprunts dont les prêteurs n·ont pas voix au chapitre, et les quatt·e cinquièmes des actionnaires sont dans le mème cas. En effet, le droit de faire partie des assemblées n'est accordé qu'aux gros porteurs d"actions; ce sont les élus de 250 millions qui, en vertu des chat-tes concédées par l'Etat, ont le dt·oit de gouverner 14 milliards 500 millions pt·is dans la poche de la nation entiê1·e. La Banque de France a une cit·culation de plus de 3 milliards qui est garantie pa1·un capital-actions de 182 millions. Il n'y a nulle part d'exemple pareil, et les possessenrs c•eces 182 millions ont-ils le droit d'assister aux assemblées générales? Non ; seuls y sont admis les deux cents plus gros actionnaires, qui rep1·ésentent 30 millions. Il n'en coùte vraiment pas che1· d'acheter le gouvernement économique de la France: 250 millions d'un côté, 30 millions de l'autre, soit 280 millions ; voilà ce qui permet de gouvemei· un ·chiffi·e innombrable de milliards démocratiques. Ajoutez qu'à ces 250 millions on a attaché un intérêt de 10 0lQ, et à ces 30 millions un dividende de 18 0(0. On aurait cherché à constitue1· un gouve1·- nement privilégié entre les mains de quelques manieurs d'argent qu'on n'au1·ait pas ti·ouvé aussi bien. (Trés bien I três bien I à gauche). Ce sont les mêmes personnes, tenant en vertu du monopole vos routes et votre c1·édit, qui sont, par leur profession, les intermédiaires enti·e la mdgniflque épargne française et l'Europe; ce sont ces mêmes personnes, ayant comme des demies-patries dans les pays amis et ennemis, qui peuvent jeter, à travers nos intérêts, nos sympathies, nos inimitiés, leur politique étrangère, forte de leur grosse inf(,uence. Ce sont les mêmes qui p1·éparent le plus redo;.ttable de tous les jeux, ce terrible jeu de bourse peut emportet· même les enjeux qu'on n'y a pas mis. (Vifs applaudissements à gauche). Ce sont les mémes enfin qui, coni:enti-ant tous les moyens de gouverments appartenant aux millions, gardent le pouvoir 1·edoutable de fausser ou d"étouffer la g1·ande voix de l'opinion publique. Ce sont les mêmes qui, dans notre pays de démocratie, constituent la plus redoutable des oligarchies. (Applaudissements). Je n'ai, quant à moi, ni haine contre les personnes, ni préjugés contre ce que les fonctions exercées peuvent avoir laissé de trace; mais, je vuus le dis, il serait sage de porter attention à ce mouvement d'opinion qui grandit dans le payi-. Oui, cette énorme démocratie de négociants, d'industriels, de patrons, d'ouvriers, qui après leur rude journée de travail reste exposée à se voir arracher le salaire le plus mérité, cette démocratie commence à s'inquiéter des gaifJs rapides réalisés dans le maniement des capitaux ei de la part de

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