74. LA REVUE SOCIALISTE Je dis qu'un tel cadeau n'est pas admissible, je dis que vous ne pouvez pas lier pour frente ans le pays à de telles conditions. (Applaudissements.) Que les défenseurs du privilège me permettent un dernier mot. La commission a placé à sa tète un homme qui représente avec une autorité et une ampleur particulières cette bourgeoisie cossue de la finance et de l'industl'ie, dont les membres ont été les bénéficiaires de la Révolution de 1789. (Très bien I très bien 1) lis voient aujourd'hui se presser les revendications des classes laborieuses. La foule travailleuse s'est mise en marche. Elle estime, suivant l'expression de }I. de Laveleye, que le suffrage universel (Très bien I très bien 1), qu'un peuple ne peut être à la fois misérable et souverain. Vous n'arrêterez ni sa mal'che ni ses conquêtes. Il faut savoir faire à temps les sacrifices nécessaires. (Très bien I très. bien 1) J'eritends déjà les défenseurs du privilège dire que c'est à l"Etat que ces sacl'iflces seront impos~s. Mais quand, il y a cent ans, la noblesse et le clergé défendaient leurs privilèges contre les prétentions du tiers-état qu'ils jugeaient insolentP.S, ils n'étaient pas mus seulement par une pensée personnelle et égoïste ; quelquesuns pensaient, eux aussi, au pays ; ils jetaient en arrière un regard de tristesse; ils évoquaient les pages glorieuses qu'avait vécues le pays; ils n'admettaient pas la folle prétention du Tiers de se substituer à eux! (Très bien! t1·ès l1ien 1) AÙjourd'hui la bourgeoisie, à son tom·, invoque les services qu'elle a rendus. Loin de moi la pensée de les nier, mais si elle croit pouvoir s'en autoriser pour maintenir dans l'ombre et dans la nuit la foule des déshérités qui demandent leur pat·t de lumière, de vie et de bonheur, elle est condamnée à une irrémédiable défaite. (Applaudissements.) Je voudrais au moins que sa résistance obstinée ne coutât pas trop che1· au pays. Le progrès est toujou1·s brutal, faisons tout ce que nous pourrons pouifaciliter sa ma1·che, pour applanir la voie, et épargnons à ce pays une de r·es crises douloureuses qui ont marqué jusqu'ici comme d'une rançon de larmes et de sang chacune des étapes de l'histoire et de l'évolution humaine. (Applaudissements répétés à gauche et au centre.) Voici maintenant quelques extraits du beau discours de Camille Pelletau. Après avoir fait justice en quelques mots des sophismes intéressés de M. Léon Say, le vaillant député des Bouches-du-Rhône compare la question du renouvellement du privilège avec les conventions conclues en 1883 avec les grandes compagnies. Il constate que des regrets ont suivi le vote de ces conventions, et souhaite qu'on ne retombe pas dans la même· erreur, à propos du privilège. Les routes et le crédit, dit-il, en poursuivant son argumentation, voilà les deux éléments essentiels du commerce et de l'industrie : Un groupe resti·eint d'intérèts financiers qui possède ces deux éléments. et qui les règle, les taxe, non avec le frein <le la concurrence, mais avec la. puissance des grands monopoles <l'Etat n'exerce-t-il pas un véritable gouvernement économique dans ce pays'! (Très bien I tr~s bien I à gauche). Je ne craindrais pas ce Gouvernement économique si la manière dont
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