746 LA REVUE SOCIALISTE de cette constatation même que les socialistes (même 0eux qui, comme l'auteur de ces lignes, croient à la nécessité d'une reconstruction morale, d'une foi commune, d'une sorte de religion (religare, relier) unissant les hommes, après la réformati,1n sociale, dans quelques grands et généreux sentiments que même ceux-là sont les ennemis irréconciliables des mensongères religions actuelles. Du reste de M. de Mun s'est déclaré très énergiquement l'ennemi du socialisme 0ollecti viste, quoiqu'il se déclare d'accord avec les socialistes purs en ce qui touche à la critique de la société bourgeoise. Voici un remarquable passage de son discours. tSéance du 16 no\'embre 1802). Yoilà la doctrine dont je me réclame. J'ai le d1·oit de dil'e, après cela, qu'il n'y a rien de commun entre moi et les socialistes révolutionnaires; j'ai le droit de dire que ceux qui lui livrent le pays, ce ne sont pas les chrétiens, cc sont ceux qui ont enseigné au peuple le matérialisme et l'athéisme social. (Très bien! très bien I à droite. - Intenuptions à gauche). l\I. Antonin Dubost. - C'est l'impuissance de vos doctrines qui y conduit 1 l\I. le Comte Albert de Mun. - Ah I vous parlc1. de notre impuissance t Eh bien, qu'est-ce donc que vous donnez au peuple, vous, en échange de la foi que vous lui prenez? Quoi? Est-c~ la justice que vous lui avez promise? Non, vous ne la lui donnez pas, et vous ne pouvez pas la lui donner! Ca1·la justice suppose l'inflexible résistance aux abus de la force et de la puissance, à l'égoïsme de la richesse; et quand, en foulant aux pieds la loi divine, on a déchainé la lutte ardente des passions et des intérêts, on n·a plus rien, rien, à dire à ceux qui, étant vainqueurs dans la lutte, écrasent les Yaincus. (Yifs applaudissements a droite. - Interruptions et bruit à gauche). Et regardez autoi.11·de vous. Qu'est-ce que vous montre= ait peuple? L'injustice triomphante et promenant fiè1·ement son impunité. Les scandales financie1·s chaque jour renouvelés, la speculation et l'a.oiotage qui elèvent des fortunes injustifiables et creusent, à côté, des gouffres de misères (Applaudissements à droite). M. Frani;ois Deloncle. - \'ous voulez parler de l'Union gé!lérale et des Dépôts des Comptes courants 1 i\I. le Comte Albert de Mun. - Non, monsieur Deloncle I vous n'avez pas le rirait de me jeter à la face l'Union générale ni aucun autre désastre :financier. (Exclamations à gauche). Non! vous n'en avez pas le droit pour deux raisons: d'abord parce que l'homme qui est à cette tribune n'a jamais été mêlé à aucune opération de ce genre (Très bien I très bien !) et ensuite, parce que, quand on parle dejnstice, on ne peut pas prononce1· le nom dP. J Union générale ni comparer ce qu'on a fait contre elle à ce qu'on a toléré pour les autres t (Tres bien I très bien 1 à rlroite;. Est-ce que Je peuple est avtugle? Est-,;e qu'il ne voit pas la richesse se concentr·er de plus en plus en quelques mains qui disposent du crédit public et, par là, de la sécurité nationale? (Mouvement). Tout le monde le sait, tout le monde le voit, l'ouvrier dans la mine et dans l'usine, le paysan sur son sillon ; et que voulez-vous qu'ils se disent quand, en face de ce collectivisme d'en haut, tous les jours plus
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