REVUE DE LA PRESSE 743 près de cinqufl,nte ans durant, tous les régimes, parce qu'il les a tous servis. Il importe donc bien peu à l'histoire dP. recueillir ses opinious personnelles sur les choses et les hommes de son temps. Encore moins nous importe-t-il d'avoir écrit de sa main le récit des événements auxquels il a été mêlé. Ce récit ne pouvant être qu'une justification mensongère du personnage. Ces réserves faites sur l'importance qu'on doit attacher au sujet, il n'était pas sans intérêt de montrer la foi qu'on peut fonder sur l'authenticité de ces mémoires, parce que ceux-ci se rattachent à une foule d'autres publiés par les mêmes faiseurs. Ainsi, M. Aulard ayant démontré par la confrontation de certains passages que le texte publié par M. de Broglie ne pouvait être de la main de Talleyrand, le noble duc, mis au pied du mur, a dû convenir que le manuscrit annoncé à grand fracas sous le titre de Mémoires de Talleyrand avait pour copiste, sinon pour auteur principal, M. de Bacourt, faiseur de mémoires très connu, qui a déjà édité la correspondance de Mirabeau avec le Comte de Lamark. C'était là au moins un aveu de la supercherie dénoncée par M. Aulard. M. de Broglie a cru l'atténuer en invoquant l'honorabilité de ce Bacourt, qui aurait été incapable, au dire du non moins honorable académicien,de dénaturer le sens des récits contenus dans l'œuvre originale de Talleyrand. Or, voici qu'un érudit vient de fournir la preuve flagrante des ar'!angements auxquels se livrait Bacourt, quand il redoutait pour un de ses amis la divulgation de certains faits. Dans la correspondance de Mirabeau, il a publié une lettre de Pellenc au comte de Mercy-Argenteau, où il est longuement question de Talleyrand et de ses intrigues avec Dumouriez. Bacourt a résumé ce long passage en quelques lignes; en supprimant tout ce qui a trait à l'évêque d'Autun. Plus menteur que Talleyrandl Voilà qui donne un beau crédit aux mémoires de cet homme, arrangés par un Bacourt. Il n'était pas inutile de signaler le cas, et M. Aulard a rendu service, ce faisant, à l'histoire de la Révolution, dénaturée par des témoignages fantaisistes trop facilement accueillis par la badauderie de notre époque. • Hélas l notre temps n'est fertile ni en hommes ni e.n événements. Gardons-nous donc d'obscurcir le souvenir réconfortant des grandes choses accompli-espar la Révolution. Si notre époque est stérile, qu'elle respecte au moins cette période féconde, source de tant de vie et de jeunesse, où le xrxe siècle décadent et sceptique retrouverait, en s'y baignant, la force juvénile qui manque à ses reins défaillants. GusTAVERouANET.
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