La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

742 LA REVUESOCIALISTE dans les faits quïl critique si amèrement une défaite pour le libéralisme jusqu'ici triomphant en Angleterre, et nous consignons ses doléances comme un signe des temps. Décidément, le socialisme coule à plein bord, comme on dit. dans le monde deM. Brelay. Dans l'I-fARMONISEocIALE, Mme Aline Valette s'élève avec vigueur contre le maintien de certaines formes de langage qui ne correspondent plus à nos sentiments et à nos idées modernes. A temps nouveau, dit-elle très justement, verbe nouveau: « Drpuis tantôt un siècle, des institutions nouvelles nous régissent; la ron"eption de la vie, de joui· en joui', nous apparait, plus intense et pins large; une sorte d'épanouissement ouvre plus grands nos cerveaux et nos cœurs. Notre intérêt et nos affections, <le la famille se sont étendus à la patrie, de la patrie à l'humanité entière. Notre 1·ayon visuel, d'horizon en horizon, a embrassé non seulement la planète, mais l'univers. D'où vient que le verbe est resté le même et que nous éprouvons comme une joie maligne à exprime1· avec les vieux mots, les nouvelles choses? Est-ce paresse de nos esprits, éloignement instinctif de la forme neuve? Est-cc défiance et crainte de voi1·enfin l'idée consacrée par le verbe? Quoi qu'il en soit, le fait existe et demande qu'on y réfléchisse. « Observons-nous, et, sans tarder, apparaitra le non-sens que nous signalons. « Cc sera, devant, des salariés, des exp1·essions, de~ formes de langage, qui démarquent les classes que vous prétendez n'exister plus. Ce sera le mot (( pauvre» qui, inconsidérément, sortira de votre bou<'he. accompagné du possessif qui fera de ceux qu'il représente. votre propriété, de pa1· l'aide accordée ou promise. Ce sera le mot« aumône» qui. mornlement, infériorisera celui ou celle qui la reçoit et qui, dans une societé organisée, trouverait la p1·otection naturellement due à l'enfance et a la vieillesse. Ce sera le mot (( charité », expressif dans la bourhe d'un Christ, révélateur de l' « état d'âme >l d'une longue sé1·iede générations; mais aujourd'hui perdu de sens et ne reprosentant rien moins qu'une aspiration noble, - celui ou celle qui fait la ,, charité l> n'ayant plus au cœur l'amour qui légitime et la fait grande, celui ou celle qui la reçoit ne voyant que le retour amoindri de ce qui lui est dù. (( Nous pourrions, indéfiniment, continuer cette énumération. (( Défions-nous donc, conclut-elle, du vocabulaire d'hier. C'est consacre1~ les vieilles formes. les vieux moules que de persister à l'employer. Aussi bien, les mots nouveaux sont là, toujours suivant l'idée. u Ouvrons les yeux et sachons voir. « Et, bientôt, le mot <( solidarité ~ sera dans toutes les bouches et dans tous leJ cerveaux, comme le mot u charité ~ a été sur toutes les lèvres et dans tous les cœurs. » LAREVUEBLEUEa fait œuvre bonne et utile en dénonçant par la plume autorisée de M. Aulard la supercherie littéraire des Jllémoires de Talleyrand. Non que cette publication indigeste soit de nature à provoquer des polémiques bien intéressantes sur les hommes f:t les faits de la Révolution. Notre époque de réhabilitations étranges et de critique à outrance, n'a encore vu se produire aucune apologie sérieuse de l'évêque d'Autun. Il ne s'est pas encore rencontré d'amateur de paradoxe et d'historien par à peu près, pour tenter de nettoyer cette guenille, de réhabiliter cet intrigant de bas étage, qui a déshonoré.

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