La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

REVUE DÉ LA PRESSE 741 « L'orateur ·s'est déchainé contre la con<'urrence qu'il considère comme meurtrière sous t~mtes ses formes; il a flétri « l'irresponsable individualisme ~ comme auteur de tous les maux produits par le régime actuel, et a déclaré qu'il fallait rendre les abus désormais impossibles en or~anisant, sur de nouvelles bases, la production et la consommation. On croirait lire une page de Louis-Blanc I Au fonù, fidèle à son rôle, Tom Mann a surtout la production en vue; il croit que les prix réduits ne sont jamais obtenus qu·au moyen de la réduction des salaires, combinée avec l'infériorité des choses manufacturées, et afin de combattre ce pernicieux bon marché, il propose aux sociétés coopératives une étroite alliance avec les Trade-Unions. Pour -satisfaire celles-ci, les l'OOpérateurs devraient, de plus en plus, fabl'iquer -eux-mêmes tout ce qu'ils achètent; et, en attendant, comme leurs sociétés industrielles sont enC'ore trop peu nombreu~es, ils n'a<'cepteraient, pour leurs stores, que des objets ou denrées portant l'étiquette Trade unioni.ste dont la -signification serait que l'ouvriel' a reçu le salaire décrété par son syndicat, et n'a t!'availlé que le nombre d'heures fixé par cette même autorité. " Rappelons. en passant, que ce procédé est employé, depuis longtemps, -en Amérique, par les Chevaliers du Travail et qu'ils y ont attaché la redoutable conséquence du boycottage ... « . . . L'intrépide unioniste a été applaudi. » Naturellement Brelay est navré de ces applaudissements, -et il le fait bien voir, en stigmatisant les propositions de Tom Mann et.en raillant, avec moins de goût que d'amertume, les -conseils donnés aux coopérateurs par Miss Potter. l< Cette demoiselle, dit-il, a le don ou l'art d'émouvoir, même un cœur notoirement coriace comme le nôtre; les congressistes de Rochdale en ont été hypnotisés, ensorcelés; pas un n'a présenté la moindre objection aux mesures anti-transpiratoires (M. Brelay commet souvent "es jeux de mots qu'il croit des jeux ù'esprit) qu'elle a formulées, et c'est en vain qu'avec infiniment de bonne grâce, elle a sollicité des contradicteurs. ll Le seul l'emède radical à opposer au sweating system est dans l'application de règlements législatifs aux sweated industries. l< Il faut, dans la mesure du possible, substituer le travail en grands .ateliers au ti·avail en chambre (home labour), afin ùe défendl'e les ouvriers des deux sexes contre la faiblesse résultant de leur isolement, des excès de pouvoil' de ceux qui les emploient, des mauvaises conditions hygiéniques de leur habitation, de la dul'ée-consécutive infiniment trop lJrolongée de leurs ingl'ates occupations. ~ La loi sur les fabriques et ateliers serait révisée et complétée de telle -sorte que les inspecteurs du travail fussent mis à même de faire modifier ou fermer les locaux ou le sweating s'exercerait dans les dites conditions. F.n outre, une sanction pénale, consistant en amendes graduées, atteindront, successivement une à la fois le propriétaire ou l'employeur coupables ; l'un -d'abriter le sw.eating, l'autre de le pl'atiquer. i) Naturellement, M. Brelay voit là un système de surveillance draconien. Il est épouvanté de constater que des idées pareilles sont favorablement accueillies dans un milieu commB celui des coopérateurs, fermés jusqu'ici aux excitations de la propagande socialiste. « Si les coopérateurs anglais, s'écrie-t-il, qui passent pour les plu~ raisonnables du monde, acceptent docilement les conseilR socialistes de Miss Potter, il faudra ,craindre pour eux tous les périls d'une transpiration morbide (?J» Quel que soit le sens attaché par M. Brelay à la nature du péril qu'il signale dans des termes énigmatiques, il est certain que le« distingué» rédacteur de !'Economiste a raison de voir

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