• 722 LA REVUE SOCIALISTE Les conséquences d'un pareil état de choses se font lourdement sentir. Sur six grandes Compagnies, quatre : !'Orléans, l'Ouest, l'Est et le Midi, sont gravement obérées. Leurs dettes envers l'Etat se sont tellement accrues depuis plusieurs années qu'aujourd'hui on peut tenir pour certain qu'elles ne pourront jamais être remboursées ni même atténuées ù'ici à l'expiration des concessions. Camille Pelletan, dans son rapport sur le budget de 1891, démontre que c'est une illusion que de compter sur les remboursements des avances faites à des Compagnies « qui depuis 18ô3, apràs vingt-sept ans d'une expérience ininterrompue ont réclamé plus d'un milliard ; 600 millions avant les conventions de 1883 et 420 millions depuis. Combien ont-elles remboursé ? 48 millions ! >> D'après les calculs de 1\1. Wickersheimer établis sur des chiffras officiels, le système actuel des Conventions doit se traduire en 1960 it l'époque de l'extinction des concessions par une perte totale pour l'Etat de plus de 13 MILLIARDS, dans l'hypothèse où les Compagnies continueront- et elles ne peuvent s'en dispense1· - de puiser annuellement dans les caisses publiques. Quel sera le gage du Trésor à cette époque ? Le matériel roulant, le matériel des gares et l'outillage. Or, dès aujourd'hui, ce gage est insuffisant pour une Compagnie, 1~ Midi, et le sera pour les trois autres avant cinq années. Nous sommes à proprement parler en présence de sociétés privilégiées associés à l'Etat pour l'exploitation d'un monopole qui leur procure de grands bénéfices - au détriment de la massa des contribuables. Où peut-on trouver un état de choses plus scandaleux, plus inouï que celui que nous venous de mentionner? Quand il s'agit de protéger les travailleurs, d'accorder ùes indemnités ou des avances à un syndicat d'ouYriers pour l'exploitation d'une mine, oh! alors on crie tt l'abomination de la désolation, et l'on entenù les organes de la presse bourgeoise honnir le socialisme d'Etat, « le pire de tous ... » Au contraire, la France dût-elle en périr, lorsque les intérêts de class3 capitaliste sont en jeu, on délie la bourse à tous cordons. L:is grandes Compagnies au milieu du siècle prochain devront ~t la collectivité plus de 13 milliards.' qui auront été employés it payer des dividendes aux actionnaires et des intérêts aux obligafaires ! C'est une misère. Et tant de largesse de la part de l'Etat, pour retirer des Compagnies quels bénéfices ? Les Compagnies ont coutume de faire sonner très haut les immenses profits qu'elles procurent à l'Etat. Près de 300 millions s'il faut les en croire !
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