La Revue socialiste - 1892 - Tome XVI - vol 01

70 LA REVUE SOCIALISTE On nous dit aussi : (( En créant cette banque nationale, dont la direction ne serait plus aux mains des actionnaires, ne craignez-vous pas de signet· à nouveau la planche aux assignats? » Je réponds s'il existe une relation dll cause à effet entre l'intervention du gouvernement dans une banque et la forme de cette banque? Est-ce parce qu'une banque est une banque privée que le gouvernement n'intervient pas dans son fonctionnement? l\Iais M. Burdeau dans son rapport nous montre l'ingérence des gouvernements, et dans la Banque d'Espagne qui est une institution privée ayant son capital pl'Cpt·e, et dan·s la banque d'Allemagne qui est une institution indépendante, bien que placée sous la direction du chancelier de l'empire. Mais, l'ingérence du gouvernement, elle existe en ve1·tu des statuts de la Banque de France. Et ces statuts, qui donc les fera si ce n'est vous? et pourquoi ne prendriez-vous pas, en les faisant, toutes les mesures nécessaires pour éviter ce d<1nger? On a déjà demandé, au cours des enquêtes précédentes, et au nom même des actionnaires de la Banque, que le cercle des actionnaires fùt étendu. Que répond M. Burdeau à cette demande? ... Il ne voit que des inconvénients à cette extension, qui tendrait, selon lui, à retire1· aux actionnaires le gouvernement de la Banque. Cependant rien ne serait plus facile que de substitue1· au conseil de régence actuel un conseil élu. Dans ce conseil, à côté des représentants autorisés du commel'ce et de l'industrie régulièrement élus, pomTaient figl!rer les représentants de l'Etat et même de l'élément financier. Y a-t-il un danger primordial qui arrête la discussion de cette solution ?" Je vois au contraire un danger certain à confle1·aux mains qui le dctiennent aujourd'hui le gouvernement de la Banque. Plus vous mettez en relief la puissance de la Banque, plus m'apparait à moi, le dange1· de remettre notre plus puissant instrument de crédit, notrn trésot· de guerre, aux mains toutes-puissantes de quelques financiers internationaux. (Applaudissements répétés). Proudhon a écrit : (( Nous avons chassé le dernier de nos rois ; nous avons crié : A bas la monarchie I et: Vive la République I mais il n'y a en France et en Europe que quelques princes de moins. La royauté subsistera tant que nous n'aurnns pas aboli cette royauté supt·ême: la royauté de l'or. 11 La royauté de l'or a aujourd'hui son palais à la Banque de France, d'où elle traite d'égal à égal avec le gouvernement de la République. (Très bien t très bien 1) La durée pour laquelle on nous propose de renouvaler le privilège est exhorbitante. Et ce n'est pas seulement mon avis, c'est aussi l'avis d'une revue orthodoxe, la Revue des Sciences Economiques. « La Banque de Fran"e, dit l'auteut· de l'article, telle que l'ont constituée les décrets de Napoléon, pourra-t-elle pendant trente années subvenir à des besoins qui vont toujours croissauts? >, Je demande à mon tour: Pouna-t-on laisser à quinze régents la responsabilité d'une circulation s'elevant à 4, peut-être à 5 milliards? Est-ce qu'en Angleterre, la Banque n'est pas toujours sous le coup de la révocation de son privilège, à condition d'être avertie un an à l'avance'! En F1·ance même, est-ce que les longues rénovations n'ont pas toujours été accor<lées par les pouvoirs monarchiques? En 18i0, le Gouvernement avait demandé la prorogation du privilège de-

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