LE PRIVILÈGE DE LA BANQUE DE FRANCE 69 A quoi je répond1·ai que c'est la spéculation qui lui a fait atteindl'e ce -chiffre. Nous avons le devoir de reprendre un établissement qui est le nôtre, à la date où nous avons le droit de le reprendre, c'est-à-di1·e le 31 décembre 1897. (Très bien', t1•ês bien à gauche). « Prenez gal'de, me dil'a-t-on encore; le cl'édit est chose fragile ; tout -changement peut ébl'anler sa confiance. >> Mais cet argument on le faisait valoh· en ces tel'rnes contre Rossi en 18t0: « L'institution d'une banque officielle serait inoppo1·tune et prématurée. » l\I. PELLETAN,- Prématurée en ·18i0. M. le baron de SouBEYRA::-1- . N'oubliez pas l'exemple de la République .argentine. M. CLÉ~JE::-;CEA-U.Vous n'êtes pas aimable pOU\'votre pays. M. CA~IILLEPELLETAN.- Vous assimilez la France à la République Argentine? (Brnit). M. le baron de SouBEYIUN. - Je dis qu'avec des administrateurs qui .n'auront pas l'expérience et l'indépendance de ceux d'aujou1·d'hui, vous risquel'ez d'aboutir au même résultat que dans la RépubEque Argentine. (Bruit). l\I. MILLERAND-. L'intérêt des 26,517 actionnaires de la Banque de France ne peut pas faire échec à celui de 36 millions de Français. Et dire qu'on ne peut pas reprend1·e ce p1·ivilêge en 189i, parce que certains de ses actionnaires ont acheté leul's actions à un prix supé1·ieu1· à. celui de l'émission, cela équivaut à dii-e que toute société qui a contracté avec l'Etat ou avec une commune, jouil'a indéfiniment d'un pl"ivilège même -Obtenu pou1·un temps déterminé. (Très bien ! très oien 1) On pourra d'ailleul's rése1·ver une part aux actionnai1•es intél'essants, pal' exemple, en convertissant les actions, dont le pl'ix serait calculé suivant le .taux des dix dernières années, en obligations amortissables dans un délai à .ftxer. Il y a UM autre objection : l< Si vous abaissez tl'op vite le taux de l'escompte, les effets étl'angers vont aflluer sui· la place vour en p1·otlte1·,les métaux pt·écieux sorti1·ont de France, et nous aul'Ons à la fois une cl'ise commerciale et une crisè monétaire. » A entendl'e ceux qui nous font cette objection, il faudl'ait que le commel'ce fùt reconnaissant à la Banque de France de maintenir élevé le taux de son escompte, pour éviter cette double catastrophe. Mais nous ne demandons pas qu'on abaisse t1·op rapidement le taux de 1'escompte; je me borne à demander qu'on puisse le fai1·esans avoir toujours devant soi l'objection du gcos dividende à conse1·ver aux actionnaires. (Tt·ès llien I très bien à gâuche). J'arrive enfin à l'objection capitale. On nous dit: l< !\fais ces ménagements que vous désirez obse1·ver sont impossibles, du jour où vous supprimez les actionnaires qui assu1·ent le contrôle le plus pal'fait de l'institution.» Je suis tout disposé, pou1· m:i. part, à maintenir au billet de banque son -crédit, qui est un des éléments de la fortune du pays. Mais la question est de savoir si !a confiance dont jouit la Banque de France est liée indissolublement à la présence des actionnaires et à l'existence du capital-actions. Ecartons d'abord une question. Le joui· où vous aurez repris la Banque de France, qui empêchera de conserver à la Banque son titre et aux billets leur forme et leur valeu1· ? Pe1·sonne ne croh·a que le crédit, que la puissance de la Banque de .France résident dans les 182 millions 500 milie francs versés pat· les action1iaires.
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