LA LIQUIDATION FONCIÈRE 715 « rue d'Anjou, quartfer de la Ville l'Evèque, avec des rues « traversantes jusqu'à la rencontre du faubourg Montmartre, « _passantp~r la Grange-Batelière, où les dits artisans pourront « continuer à s'y établir. » (I} C'est,on le voit,une ville entière à créer,Les terrains vagues, les jardins qui s'étendent depuis le Rempart jusqu'aux Porcherons, depuis le faubourg Montmartre jusqu'à la rue d'Anjou, vont être transformés en terrains à bàtir. Ils vont recevoir une plus-value énorme. Le Com:eil des échevins et le Conseil du Roy n'entendent pas créer, ave~ les deniers des contribuables, une plus-value qui profite aux: seuls propriétaires. On donne donc aux propriétaires le Qhoix entre deux com:;- binaisons: Ou bien la Ville deviendra propriétaire de tout le terrain du quartier nouveau. C'est l'expropriation globale, au profit de la collectivité : moyen radical d'empêcher que la plus-value ne profite aux propriétaires. Va-t-on tenir compte, en les dépossédant, du manque à gagne.r qu'ils vont subir? Nos ancêtres ont le sens trop droit pour tomber dans une pareille erreur. On remboursera aux propriétaires le prix que le terrain leur a coûté; ou même, ce qui n'offre pas un grand danger, étant donné qu'il s'agit de terrains en culture, on calculera la valeur en liquidation d'après les baux des dix dernières années; mais on évitera, en tout cas, les risques d'une appréciation par jurés, trop portés à tenir compte au propriétaire du bénéfice que lui auraient procuré lP.stravaux, s'il n'avait pas été exproprié. La ville se réserve même le droit de ne pas payer en argent, mais en constitution de rentes. Tout y est, on le voit: l'expropriation, la liquidation faite d'après des bases telles que la plus-value revienne à la collectivité, et le paiement au moyen d'obligations de la ville. C'est impeccable comme doctrine; cela témoigne d'un sens très profond de la justice; c'est, - j'en demande pardon à l'ombre du Régent, - c'est du plus pur socialisme. Espérons que nos conseillers municipaux ne rougiront point de se faire les plagiaires du grand ancêtre de Mgr le Comte de Paris et du Prév6t des Marchands de 1720 ! Passons à la deuxième combinaison : Si les propriétaires veulent éviter l'expropriation totale, on (1) Les lecteurs qui seraient curieux de se rendre compte de l'importance des travaux demandés à cette epoque par le Conseil des échevins pourront se reporter au plan rep1·oduit par Charles Yrial'te dans son Histoire de Paris (1882). Ce plan remonte à 1670.
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